Stéphane De Groodt : "J'avais envie de jouer avec les mots"

Stéphane De Groodt : "J'avais envie de jouer avec les mots"

INTERVIEW - Humoriste, réalisateur et comédien, le Belge Stéphane De Groodt, 48 ans, a été révélé au public français grâce à sa chronique absurde dans "Le Supplément", de Canal +. Une aventure qui s'achève ce mardi soir, avec la diffusion d'un prime événement, alors qu'il cartonne en librairies avec son livre, "Voyage en absurdie. Chroniques" (Plon).

Canal + vous consacre un prime spécial, mardi soir. Pour vous, c'est une consécration, une surprise, une folie ?
Un peu tout ça à la fois ! D'abord c'est un bel hommage, un beau cadeau : pouvoir évoquer sa vie en deux heures à la télé, avec des amis, des gens qui comptent, ça n'arrive pas tous les jours. J'étais très surpris lorsqu'on me l'a proposé. En général, on fait ça pour des gens qui ont 20 ou 30 ans de carrière. Qui sont plutôt en fin de carrière. Avec moi Canal + mise sur quelqu'un qui est plutôt en début de carrière. Du moins j'espère...

"Retour vers le futur", votre chronique absurde dans "Le Supplément", vous a révélé auprès d'un large public. Ce qu'on va découvrir dans cette émission, c'est que vous avez bossé dur, et longtemps, avant d'être exposé...
Le chemin a été long, mais je connaissais les règles, comme lorsque je faisais de la course automobile : je savais que je pouvais arriver premier comme je pouvais arriver dernier. Être comédien, évoluer dans cet univers, c'est compliqué. Plein de gens ont envie de faire ça, mais il ne suffit pas de le dire. Surtout lorsque comme moi on n'a pas fait le Conservatoire, pas fait de théâtre, et qu'on était un cancre fini à l'école. Tout ça est venu en apprenant, en expérimentant. Nietzsche disait qu'on "devient ce que l'on est". Mon parcours m'a permis de découvrir qui j'étais, fondamentalement.

Est-ce qu'il a été difficile de trouver votre style ?
Ça a été une vraie quête, oui. On passe par des moments où on se travestit, on se met dans des postures pour plaire, pour donner à l'interlocuteur en face de vous ce qu'il attend de vous... et pas forcément ce que vous-même vous attendez de vous. Ce qui me remplit aujourd'hui de joie, c'est de pouvoir enfin assumer mon univers, de voir que ça plait.

"L'essentiel de ce métier, c'est de venir avec son univers, son originalité"

Votre art du jeu de mots vous a permis de remporter fin mai le prix Raymond-Devos. Mais n'avez-vous pas craint, au départ, d'être trop décalé par rapport aux humoristes actuels ?
Ma démarche est essentiellement ludique, surtout pas élitiste. J'avais envie de jouer avec les mots, et si possible d'y inclure les gens. Vous savez, il y a des personnalités dites "brillantes" qui n'ont pas compris à grand chose à ce que je racontais sur le plateau du "Supplément". Moi-même, il m'est arrivé de me perdre en cours de route ! Mais je ne suis pas dans une bulle, non. Le succès de mon livre prouve que le public est réceptif, qu'il perçoit l'ironie, les clins d'œil.

Tout de même n'avez-vous pas l'impression de remplir un vide en matière d'humour ?
Je suis toujours surpris lorsque je vois certains humoristes emprunter aux autres, dans la manière de dire, de faire. Parce que l'essentiel de ce métier, c'est de venir avec son univers, son originalité. C'est pareil pour la musique ou la peinture. Avec mes chroniques sur Canal +, je pense que j'ai apporté un truc très personnel. Attention, je n'ai pas inventé les jeux de mots. Mais je les fais à ma manière. Après, c'est aussi une question de timing. Aujourd'hui mon style plaît, mais il y a cinq ans je serais peut-être tombé à côté de la plaque. Ça tombe bien, je n'étais pas prêt il y a cinq ans !

Justement, pourquoi arrêter votre chronique maintenant ?
Pour plein de raisons. D'abord c'est un exercice très particulier. Si on l'étire dans le temps, il se banalise. J'arrête aussi parce que ça m'a pris un temps invraisemblable. Aujourd'hui j'ai envie de consacrer du temps à ma famille, et aussi d'écrire mon film, qui sera produit par Dany Boon. Ma chronique a crée une attente, c'est vrai. Elle a changé mon statut. J'étais loin d'imaginer qu'elle m'emmènerait là où je suis aujourd'hui. Et il n'est pas question que je fasse les choses à moitié.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Remontées mécaniques, parcs d'attractions, clubs libertins : les absurdités des réouvertures à venir

"Pass sanitaire" et sortie de l'état d'urgence : les députés votent finalement le texte

EN DIRECT - Tensions Israël/Palestine : une "trêve" possible qu'en cas de "calme durable", affirme Tel-Aviv

Pour quelles raisons l’Elysée refuse de rendre publics les bulletins de salaire d’Emmanuel Macron ?

Qu’est-ce que le "Dôme de fer", qui a permis à Israël d’intercepter des dizaines de roquettes venus de Gaza ?

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.