"UnReal" : pourquoi la saison 2 est ratée

TÉLÉ
CRITIQUE - Après une saison 1 acclamée par la critique pour son cynisme, sa noirceur, sa plongée captivante dans les coulisses d'une télé-réalité et ses personnages féminins, "UnReal" s'est complètement perdue avec sa deuxième saison. La série voulait taper plus haut et plus fort, mais s'est manquée.

La deuxième saison est toujours une expérience délicate pour une série. Fruit d'un renouvellement, elle doit faire aussi bien, voir mieux, que la première année, imposer une continuité, tout en apportant de la nouveauté pour attirer de nouveaux fans. Un véritable exercice d'équilibre que n'est pas parvenu à réussir UnReal cet été. Lancée le 6 juin dernier, cette saison 2 de la série diffusée sur Lifetime aux Etats-Unis était pourtant prometteuse, comme nous l'écrivions dans notre critique, mais à force de trop vouloir en faire, elle s'est perdue tout au long de ses dix épisodes.

Une première raison à cela : Marti Noxon, co-créatrice de la série, a quitté le navire à l'issue de la saison 1, laissant Sarah Gertrude Shapiro, seule à la barre. Si cette dernière connaît l'univers de la télé-réalité sur le bout des doigts - elle a été productrice du Bachelor pendant neuf ans - elle est nouvelle dans celui des séries. Difficile donc pour elle d'assumer ce nouveau rôle, et l'écriture en a été l'une des principales victimes. D'une plongée cynique et captivante dans les coulisses d'une télé-réalité, UnReal est devenue un gloubi-boulga plutôt indigeste.

Des sujets forts pour un traitement faible

Le rythme est effréné et les différentes histoires n'ont pas le temps d'être suffisamment exploitées et explorées. La relation entre Quinn (Constance Zimmer) et Rachel (Shiri Appleby) n'a plus vraiment de cohérence et passe du chaud au froid tous les deux épisodes, sans qu'on ne sache trop pourquoi. Amies ou ennemies, ce lien si particulier qui en fait un des duos les plus intéressants du petit écran américain du moment, n'est plus aussi solide et on ne comprend plus leurs motivations respectives.

Mais là où la saison 2 d'UnReal s'est véritablement loupée, c'est dans son traitement des sujets de societé graves. Avec l'arrivée d'un bachelor noir (incarné par B.J. Britt), notamment, qui aurait pu amener la série à discuter du racisme, approfondir, dénoncer, malheureusement, elle n'en est restée qu'à la surface, utilisé simplement comme prétexte pour sa télé-réalité Everlasting. Pire, elle s'est intéressée à la violence policière envers la population noire, de la pire des manières possibles : on oublie les véritables causes et conséquences de ces violences, et on se concentre sur les états d'âme de son héroïne blanche.

Tout un mécanisme à revoir

On peut également parler de la violence faite aux femmes dont la condamnation est totalement absente de la série. Dans le premier épisode de la première saison d'UnReal, Rachel arborait un t-shirt "This is what a feminist looks like(C'est ce à quoi une féministe ressemble), et si c'était, à l'origine, l'intention des créatrices de la série, de raconter l'histoire de ces deux personnages féminins forts, dans les faits, c'est très différents. UnReal se veut féministe, mais ne dénonce jamais les pratiques de manipulation, d'humiliation et de violence morale de Quinn et Rachel envers les candidates. Ou quand cette dernière se fait frapper par Jérémy, sans que la série n'aille plus loin que de virer un personnage déjà bien facultatif (et qui revient en fin de saison).

UnReal a récemment été renouvelée pour une saison 3, et Sarah Gertrude Shapiro va devoir ralentir les choses et explorer d'avantage les sujets et thèmes qu'elle veut traiter. "Nous avons besoin de respirer dans la saison 3" a-t-elle avoué dans une interview pour Entertainment Weekly.

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