Jérémy Chardy : "Djokovic, Murray, Nadal..., les joueurs du Top 5 sont des extraterrestres"

ROLAND-GARROS – Lundi, le Français a passé sans trop d'encombre son premier tour face à l'Argentin Leonardo Mayer (6-4, 3-6, 6-4, 6-2). Rencontré à Monte-Carlo, à l’occasion d’une opération de son équipementier Tecnifibre, Jérémy Chardy nous fait part de ses ambitions dans son tournoi préféré à Paris. Le Palois revient aussi sur sa déception lorsque les médias du monde entier ont pensé que le circuit était corrompu.

A 29 ans, vous n’avez jamais fait mieux que huitième de finaliste lors d’un tournoi du Grand Chelem. N’est-ce pas frustrant à la longue ?
Oui et non, car on veut toujours aller plus loin, faire mieux. Mais quand on voit le circuit et qui le domine, ce n’est pas évident, car à un moment donné, tu tombes toujours sur Nadal, un Fedrerer ou un Dojokovic, et c’est plus fort. Mais ça ne veut pas dire que tu ne progresses pas. Quand je fais mon premier 8e à Roland (en 2008, alors qu’il avait bénéficié d’une wild card, ndlr), c’était la surprise totale, personne ne me connaissait. J’avais joué à un niveau de jeu que je n’avais jamais atteint. C’était presque irréel. L’an dernier, je m’arrête au même stade, mais il y a quelque chose de plus logique. J’avais mon classement (45e à l’ATP il y a un an, ndlr) et je n’ai pas surjoué. J’ai battu des gars que j’avais déjà battus, c’était plus maîtrisé. Même contre Murray, je perds (défaite 4-6, 6-3, 3-6, 3-6, ndlr) mais je fais un bon match.

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Que vous manque-t-il encore pour passer ce palier ?
Pas grand-chose en fait. Dans les 50 premiers joueurs mondiaux, l’écart de niveau en termes de jeu est minime. Sauf pour le Top 5, évidemment, qui est réservé aux extraterrestres (rires). Depuis quelques années, je trouve que le circuit est plus homogène, plus dense. D’où l’importance du physique, car chaque match est de plus en plus dur. C’est là que je dois aller chercher une marge de progression supplémentaire. Tu n’as pas le droit à l’erreur, car, dans le jeu, c’est intense tout le temps. C’est la grande force de Djoko, par exemple. Car tennistiquement, ses coups ne sont beaucoup plus forts que les autres. Sauf que lui, il ne laisse jamais de chance à son adversaire.

Est-ce que lorsque l’on affronte ce type de joueur, on se dit que c’est déjà perdu d’avance ?
Heureusement que non, car sinon, ce n’est même pas la peine de se présenter sur le court. Si on reprend l’exemple de Djokovic, sur un match, tu peux toujours espérer l’accrocher. Car il reste humain, quand même. On vient d’ailleurs de le voir à Monaco (interview réalisée le 14 avril dernier, au lendemain de la défaite d’entrée du n° 1 mondial ce à Jiri Vesely, ndlr)… Le problème, c’est qu’il faut déjà tomber contre lui sur un jour où il est moins bien et que, dans le même temps, toi, tu dois être dans la forme de ta vie. Sinon, ça ne passe quand même pas contre ce type de joueur.

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Malgré son statut d’intouchable, le gratin mondial a lui aussi été embarqué dans le scandale du Tennis Racket, et les tout meilleurs joueurs ont dû se défendre de n’avoir jamais vendu un match. Comment avez-vous vécu l’épisode ?
Très mal. Pour vous parler franchement, toute cette soi-disant affaire de matches truqués m’a vraiment gonflé. On a voulu salir mon sport ! Ce qui a vraiment énervé les joueurs sur le circuit, c’est de voir dans la presse des accusations sans aucune preuve. Tout le monde a été soupçonné pour faire le buzz, et ça, c’est pas normal. Quand tu vois qu’un mec super comme Leyton Hewitt a été cité au moment où prenait sa retraite

Il y a quand même des faits troublants dans l’enquête réalisée pour BuzzFeed et la BBC…
Mais il n’y a rien de concret ! C’est comme dire que tout le monde est dopé. S’il y a des preuves de tricherie et qu’on a les noms. Pas de problème, on les balance et on les sanctionne. Si on prend le cas de Maria Sharapova ( contrôlée positive au meldonium en mars dernier et suspendue, ndlr ), c’est peut-être une erreur de sa part, mais c’est interdit. L’épisode a même été saint pour le tennis, car ça a prouvé les stars n’étaient pas protégées. Mais le coup des matches truqués, ce n’était pas sérieux. Comment peut-on affirmer que les meilleurs joueurs du monde trichent quand on connaît les prize-money que l’on touche sur les grands tournois ? Je comprends pas…

Quelque chose s’est cassé entre les joueurs et les médias depuis cette affaire ?
Oui, quelque chose s’est abîmé, je crois. En début d’année, dès que tu perdais un match où tu étais favori, tu étais presque mis en accusation. C’était du grand n’importe quoi ! Alors que c’est justement le fait de voir des surprises sur les courts qui fait que le tennis passionne autant… Je pense que le circuit se méfie désormais un peu plus de la presse. Car tu finis par te demander si les mecs ne sont pas là pour te plomber. Même moi, mon nom a circulé ! Alors que les matches qui étaient suspects selon eux et que j’ai perdus, je sais pourquoi je l’ai ai perdus : j’étais moins bien, un peu blessé mais rien à voir avec de l’arnaque.

Pensez-vous que cette affaire va avoir une influence sur l’ambiance à Roland-Garros ?
Non pas du tout. Je crois que les gens ont bien compris qu’il n’y avait rien derrière tout ça. A Roland, on a affaire à un public de connaisseur, qui se rend compte de tous sacrifices et les efforts que font les joueurs de haut niveau. Comme chaque année, il va y avoir une atmosphère géniale, surtout si nous, les Français, on fait un beau parcours.

C’est quoi un Roland réussi pour vous ?
Faire aussi bien ou mieux que l’année dernière (Chardy avait été éliminé en 8es par Andy Murray, ndlr). Même si j’ai eu du mal sur la tournée américaine, je retour sur terre battue m’a fait du bien, et je sais que je serai prêt pour Paris. C’est vraiment mon tournoi préféré, j’ai grandi avec. A cette période de l’année quand j’étais enfant ou ado, c’était Roland. Et maintenant je le joue ! C’est un rêve… Non, le vrai rêve, ce serait de le gagner un jour, mais ça, c’est beaucoup plus dur dans la réalité…

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