"Gaël Monfils vise le Masters, pas seulement être au Masters"

TENNIS
INTERVIEW – A l'actif de Patrice Hagelauer (68 ans), une carrière de joueur, d'entraîneur de l'équipe de France de Coupe Davis et surtout de Yannick Noah lors de sa victoire en 1983 à Roland-Garros. Sans oublier un poste de DTN. De par son vécu, celui qui a aussi coaché Yannick Noah possède donc un œil acéré sur le tennis français et il se penche pour LCI sur le cas de Gaël Monfils, pour la première fois de sa carrière au rendez-vous du Masters de Londres qui débute ce dimanche (Monfils y affronte Milos Raonic à 21 heures), et où sont réunis les 8 meilleurs joueurs de la saison.

LCI : Qu'est-ce que vous pensez de ce Gaël Monfils cuvée 2016 ? Le trouvez-vous plus concentré, qui s'éparpille moins dans son jeu?

Patrice Hagelauer  : Ah oui nettement. C'est vraiment un autre joueur. Je crois que le fait qu'il soit entraîné par Tillström (Mikael, depuis un an, ndlr) lui a fait le plus grand bien. On sent quelqu'un qui est beaucoup plus mature, plus dans ses objectifs. C'est quelqu'un qui est vraiment très, très déterminé. Il voulait faire une bonne saison, il a fait une bonne saison et il voudrait la terminer en beauté. Ce qu'il vise, c'est le Masters et pas simplement être au Masters, c'est réussir quelque chose au Masters.

LCI : Au tirage au sort, il a hérité de Novak Djokovic, Milos Raonic et de Dominic Thiem. Sortir des poules est-il l'objectif minimum ?

Patrice Hagelauer  : Oui, effectivement. Quand on arrive en fin d'année comme ça, on s'aperçoit que les joueurs sont un peu tous usés. C'est le cas encore cette année. Il y a des problèmes de blessures physiques ou un peu dans la tête comme pour Djokovic. Lui aussi (Monfils) a eu ses pépins et ce sera à qui tient le mieux physiquement et psychologiquement. C'est toujours un peu le même topo sur les fins de saisons.

Monfils fait partie des joueurs qui peuvent 'marcher' sur Djokovic à LondresPatrice Hagelauer

LCI : Avec quelle approche doit-il aborder ce premier tournoi des maîtres de sa carrière ?

Patrice Hagelauer  : Etre parmi les 8 qui auront mieux joué cette année, c'est une chose. Essayer d'aller au bout, c'est une autre. Rien n'est impossible. Est-ce qu'aujourd'hui, Djokovic sera au maximum de sa forme ? Ça peut être vraiment du grand Djoko au Masters s'il se retrouve tout d'un coup. Mais s'il est dans cet état un peu bizarre, je pense qu'il y a des joueurs qui "peuvent lui marcher dessus".

LCI : Parmi ces joueurs, vous incluez Monfils ?

Patrice Hagelauer  : Tout à fait. Compte tenu de la baisse de forme de Djokovic, quand Gaël joue bien, qu'il n'est pas embêté par ses blessures, il a vraiment un niveau de jeu qui est assez exceptionnel. Donc, c'est faisable. Maintenant, il faut croiser les doigts et essayer de se dire que physiquement, ça va aller. C'est toujours la même question avec Gaël.

LCI : Meilleure saison de sa carrière, meilleur classement à l'ATP (6e), première fois qu'il va disputer le Masters, Monfils a-t-il enfin réussi à trouver cette fameuse régularité qui lui manquait ?

Patrice Hagelauer  : Je crois qu'il y a plusieurs choses. Il avait très bien démarré l'année (quart de finale à l'Open d'Australie, finale à Rotterdam) donc ça lui avait vraiment donné confiance. Il y a aussi le fait qu'il ait su bien s'entourer. Tillström, c'est vraiment quelqu'un de très bien qui lui amène de la sérénité, de la confiance, qui le fait travailler avec beaucoup de justesse dans tous les domaines. Il a travaillé sur son service qu'il fait un peu différemment, ce qui lui amène un peu de consistance dans son tennis. Il a bien suivi, aussi, le programme de Tillström, notamment sur la récupération. Ça lui a certainement coûté, parce qu’il y a des moments où il aurait voulu être présent, que ce soit à Roland-Garros ou en Coupe Davis. Il a réussi quand même en faisant l'impasse sur ces moments qu'il a toujours privilégiés, où il voulait être présent, ça lui a permis de tenir (physiquement). Je dis tenir, mais espérons que ça se passe bien au Masters (rires).

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LCI : Sa présence au Masters, est-ce qu'elle repose sur ses performances (44 victoires-15 défaites) ou plutôt sur les défections des cadors comme Federer et Nadal ?

Patrice Hagelauer  : C'est toujours pareil. Chaque année, il y a des joueurs qui connaissent des moments difficiles. Cette année, ça arrive à Federer et à Nadal, deux énormes champions, qui ont vraiment beaucoup tiré sur la corde. Gaël ne serait pas là s'il n'avait pas bien joué. Il a gagné quelques tournois (un en réalité à Washington, ndlr), il a fait beaucoup de finales (3). Il le mérite, il n'y a rien à dire. Tout ce qui lui arrive, c'est vraiment mérité.

LCI : À 30 ans, Gaël Monfils ne compte que six titres à son palmarès alors que les trois autres "Mousquetaires" Richard Gasquet (14), Jo-Wilfried Tsonga (12) et Gilles Simon (12) en comptent le double ou plus. C'est quelque chose qui vous surprend ?

Patrice Hagelauer  : Je suis surpris. Il a peut-être aussi démarré tard, je dirais, sa maturité. C'est quelqu'un qui n'était pas vraiment axé sur des objectifs clairs, précis et qui a joué trop souvent en dents de scie. Le changement de Gaël, il est à ce niveau-là. Quand on le voit aujourd'hui, il est complètement dans son truc, il est à fond. C'est pour ça que j'y crois. J'ai vraiment le sentiment qu'il sera - croisons les doigts bien évidemment - au sommet dans les deux-trois années qui viennent.

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