Roland-Garros : pourquoi le tennis, c'était bien plus cool avant

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TENNIS - Sans beaucoup de surprise et comme à presque tous les tournois de Grand Chelem, c’est Novak Djokovic que l’on va retrouver en finale de Roland-Garros, opposé à Stanislas Wawrinka. Un manque de suspense qui nuit parfois au spectacle, d’autant que ces joueurs ultra-dominateurs sont beaucoup moins fantasques que leurs glorieux aînés.

Et après ? Quand Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic raccrocheront leurs raquettes, le tennis mondial ne pourra plus se cacher derrière l’exceptionnel niveau de ces trois-là. Car lorsque l’on ose dire qu’on s’ennuie parfois ferme sur le bord des courts, on nous répète souvent que l’on ferait mieux de profiter du spectacle offert par ces légendes vivantes du sport tant qu'elles sont encore en activité. Pourtant, si on assiste de temps en temps à des matchs épiques, en dehors du jeu, c’est morne plaine. 

“Je comprends que l’on puisse trouver que le tennis était plus cool avant car à l’époque, les joueurs étaient plus libres, moins encadrés par les managers et les attachés de presse, explique à metronews Nelson Monfort, témoin privilégié du tennis mondial depuis des années qu’il commente Roland-Garros sur France Télévisions. Je pense que les caractères des champions sont les mêmes mais ils sont étouffés par la communication”.

"Le moindre écart est facturé direct en termes d’image et donc de sponsors"

Le meilleur exemple ? Novak Djokovic. Arrivé un peu comme un chien fou sur le circuit en 2003, le Serbe ne sort plus qu'en de rares occasions les masques de Spiderman ou de Dark Vador qu’il portait avant ses matchs. Désormais, on a droit à un discours bien rodé sur les bienfaits du gluten ou l’importance de “prendre les matches les un après les autres”. Comme tous ses petits copains du Top 10, le n° 1 mondial se déplace sur les tournois toujours entourés de ses gardes du corps et ne signe plus que quelques autographes à la sortie des courts, exécutée au pas de charge…


Symbole éclatant de cet éloignement grandissant entre les fans et les joueurs, lorsqu’un jeune garçon pénètre sur le Central de Roland-Garros, certes en se jouant de la sécurité, pour obtenir un ie avec Roger Federer, cela devient presque une affaire d’état. “Tout ce qui contribue à isoler le sportif du public est néfaste, poursuit Monfort. Mais c’est aussi la rançon de la gloire. Les joueurs sont des stars planétaires et doivent se protéger”.

Pourtant fut un temps pas si lointain, dans les années 1980-1990, des Björn Borg ou des Jimmy Connors pouvaient boire des coups avec des supporters ou encore hurler sur les arbitres. “C’est vraiment une autre époque, constate aussi Paul-Henri Mathieu (n° 125 et ancien 12e mondial). Sur les courts, les règlements étaient beaucoup moins stricts. Aujourd’hui, le moindre mot, le moindre geste est sanctionné. En dehors des courts, c’est la même chose. Avec tous les médias qu’il y a, une polémique peut naître très rapidement. Et comme le tennis est un sport individuel, le moindre écart est facturé direct en termes d’image et donc de sponsors”.


"Le politiquement correct, c'est chiant mais c'est comme ça..."

L’argent, qui coule à flots dans le tennis de très haut niveau (les 10 meilleurs joueurs affichent des gains annuels à plusieurs millions d’euros), aurait donc tout gâché ? “De l’argent, il y a en a toujours eu, nous confie John McEnroe, l’ancien n° 1 mondial, aussi resté célèbre pour avoir poussé les plus gros coups de gueule de l’histoire du tennis moderne. Il y a en a plus aujourd’hui, tout comme la médiatisation, c’est sûr. Mais je crois que ce qui a surtout changé, ce sont les mentalités. Pas seulement celles des joueurs mais de toute la société. Maintenant, c’est le politiquement correct. C’est chiant mais c’est comme ça…”


Et quand Gaël Monfils, un des derniers showman du circuit, se dit “partisan pour jouer le tennis dans le bruit”, il crie un peu dans le désert. “Ce ne serait pas plus difficile de servir que de lancer un ballon en NBA avec des gens qui font des signes et je trouverais cela encore plus marrant, précise encore le Français. Il y a des mecs qui ont des rituels, cela leur péterait un peu les trucs”. Une utopie quand on voit que l’arbitre oblige encore et toujours le public à se taire pour ne pas gêner les joueurs. En fait, le tennis n’est pas moins cool ou plus ennuyeux qu’avant, il se prend tout simplement beaucoup plus au sérieux.

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