"Sexisme" : l’arbitre qui a sanctionné Serena Williams favorise-t-il vraiment les hommes ?

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TENNIS – Serena Williams a écopé d’un jeu de pénalité puis d’une amende de 17.000 dollars pour son comportement lors de la finale de l’US Open. L’Américaine a ensuite taxé de "sexisme" l’arbitre portugais Carlos Ramos. L’accusation tient-elle la route ? LCI s'est penché sur la question en puisant dans les archives et en étudiant le règlement.

Après les soutiens de plusieurs grandes joueuses, anciennes ou actuelles, dont Billie Jean King ou Victoria Azarenka, c’est Steve Simon, directeur de la puissante WTA (équivalent féminin de l’ATP) qui est venu dimanche à la rescousse de Serena Williams : "Il ne devrait pas y avoir de différence de degré dans la tolérance face aux émotions exprimées par les hommes et les femmes et je m'engage pour m'assurer que tous les joueurs soient traités de la même façon. Nous ne pensons pas que ça a été le cas hier soir (samedi)."

Un appui de taille donc pour la joueuse américaine aux 23 titres en Grand Chelem, sèchement battue (6-2, 6-4) samedi soir en finale de l’US Open par la Japonaise Naomi Osaka (20 ans). Pendant ce match, l'ancienne numéro un mondiale a enfreint par trois fois le règlement. Tout d'abord parce que son coach a tenté de communiquer avec elle (ce qu’il a reconnu) et lui a valu son premier avertissement. Ensuite en cassant sa raquette de rage, ce qui lui a coûté un point de pénalité, peine classique correspondant à un 2e avertissement. Et enfin en qualifiant l’arbitre de "voleur" en réaction à cette dernière sanction, ce qui lui a coûté un jeu de pénalité (de 3-4 à 3-5 dans le 2e set), sentence règlementaire pour le 3e avertissement.

Donne-moi tous les avertissements que tu peux car tu ne m’arbitreras plus !Rafael Nadal à l'arbitre Carlos Ramos en 2017

Alors, en conférence de presse après la finale, Serena Williams a dégainé la sulfateuse : "Moi, je me bats pour les droits des femmes et pour l’égalité hommes-femmes. Et le fait qu’il me donne un jeu de pénalité pour l’avoir traité de ‘voleur’, je l’ai ressenti comme une remarque sexiste. Il n’aurait jamais retiré un jeu à un homme qui l’aurait traité de voleur. Ça me dépasse. Mais je vais continuer mon combat."

Le mot est donc lâché : "Sexisme". Et le débat est lancé. Il invite, fatalement, à comparer l’arbitrage des hommes à celui des femmes. De fait, il est extrêmement rare de voir un arbitre infliger un jeu de pénalité, qui est donc la conséquence de trois avertissements dans un même match. Mais prouver que cela est plus souvent arrivé dans un tableau féminin que dans un tableau masculin est de l’ordre de l’impossible, puisqu’aucun recensement n’existe. On peut du moins constater que pareille sanction a été infligée à Benoît Paire (en seulement une minute trente !) ou à Ernest Gulbis ces dernières années -d'autres joueurs, dont John McEnroe à l'Open d'Australie 1990, ont quant à eux été disqualifiés en plein match.

Plus rigide que les autres

Quant à l’arbitre ayant sanctionné Serena Williams, le Portugais Carlos Ramos, c’est un arbitre expérimenté, habitué des finales de Grand Chelem, et qui a la réputation d’être plus rigide que d’autres. En mai 2017, à Estoril, il avait ainsi infligé un point de pénalité à Richard Gasquet pour un coaching présumé. "C'était un manque de respect, ça ne m'est jamais arrivé, j'ai perdu tout respect pour cet arbitre jusqu'à la fin de mes jours !", avait asséné, après coup, le Biterrois.

Cette même année 2017, à Roland-Garros, un incident l’avait aussi opposé à Rafael Nadal, qu’il avait averti deux fois en raison d’un temps de service trop long. Réaction du Majorquin sur le court : "Alors, quand je finis un point à la volée, je ne peux pas aller prendre ma serviette ? Non ? Avec les autres arbitres, peut-être que oui, avec toi non ? Je finis un point long à la volée, je reviens, et tu me donnes un avertissement. Alors qu'est-ce que je fais ? Je cours ? Tu vas devoir me donner beaucoup d'avertissements pendant ce match. Donne-moi tous les avertissements que tu peux car tu ne m’arbitreras plus !" Le futur vainqueur n’avait alors pas été sanctionné pour cette saillie verbale.

"Manque de psychologie"

Concrètement, le règlement stipule que "tout ce qui s’apparente à des propos désobligeants, insultants ou injurieux est considéré comme une insulte verbale". En traitant Carlos Ramos de "voleur", Serena Williams a, elle, été sanctionnée. Est-ce pour autant une marque de sexisme ?  Il s’agirait plutôt, en l’occurrence, d’une interprétation (trop ?) stricte du règlement. Patrick Mourataglou, le coach de l’Américaine, n’a d’ailleurs pas dit autre chose en parlant de "manque de psychologie" de l’arbitre... Un reproche que Richard Gasquet et Rafael Nadal auraient pu lui adresser, sans avoir écopé d'une sentence.

Une certitude : Carlos Ramos était dans son bon droit en sanctionnant Serena Williams, et rien n’indique qu’il n’aurait pas pareillement appliqué le règlement si un homme avait enfreint trois fois le règlement. Dans une chronique pour le Sydney Morning Herald, Richard Ings, ancien arbitre australien, qui n’est, lui, plus tenu à un devoir de réserve, argue ce lundi : "Je peux imaginer ce qu'il a ressenti car j'avais infligé en 1987, sur un central de l'US Open plein, un jeu de pénalité à McEnroe, qui lui avait coûté le set. Les sanctions infligées par Ramos étaient justifiées. Tous les coachs savent que faire des gestes à l'intention de leur joueur est une infraction. Tous les joueurs savent que détruire une raquette sur le court est une violation du règlement. Et tous savent qu'attaquer publiquement l'honnêteté d'un arbitre en est une autre." Toutes et tous, donc.

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