Attaque à la préfecture de police de Paris : ce qu’il faut retenir de la conférence de presse du procureur national antiterroriste

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L'attaque meurtrière à la préfecture de police de Paris

ENQUÊTE - Le procureur de la République antiterroriste, Jean-François Ricard, s’est exprimé ce samedi après-midi au sujet de l’attaque perpétrée jeudi à la préfecture de police de Paris. Le magistrat est revenu sur le "périple meurtrier" de Mickaël H., cet employé de la préfecture de police de Paris, s'est soldé par la mort de cinq personnes dont l'assaillant.

Deux jours après la tuerie qui a endeuillé la préfecture de police de Paris, une partie du macabre scénario qui a coûté la vie à quatre membres du personnel de la PP, commence à s'expliquer. Ce samedi, le procureur de la République antiterroriste, Jean-François Ricard, a livré de nombreux détails au sujet du "périple meurtrier" sur lequel s'est embarqué Mickaël H. un employé de cette administration dont le profil interroge encore. 

Le parcours de l’auteur présumé des faits a pu être retracé notamment grâce aux témoignages, à l’exploitation de la vidéosurveillance et  à son badge d’accès à la préfecture. 

"Le jeudi 3 octobre, Mickaël H. a emprunté un train à la gare de Gonesse à 8h22. Il est sorti à la gare RER Saint-Michel à 8h56 et il a pénétré dans le bâtiment de la préfecture de police à 8h58 pour se rendre normalement à son travail au sein du service de maintenance informatique de la direction du renseignement (DRPP)", a détaillé le magistrat. 

Comment s'est-il procuré ses armes ?

Mickaël H. est ressorti le midi à 12h18 de la préfecture de police pour se rendre dans un magasin de la rue Saint-Jacques dans le 5e arrondissement de Paris. C'est là, moins de cinq minutes après, qu'il a acheté deux couteaux, un couteau de cuisine métallique d’une longueur totale de 33 centimètres muni d’une lame de 20 centimètres et un couteau à huîtres. 

En sortant de ce magasin, "l’auteur a entrepris un détour au cours duquel il a dissimulé sur lui les couteaux qu’il venait d’acheter. Durant toute cette séquence, le comportement de l’individu ne trahit aucune fébrilité", a précisé le procureur national antiterroriste, dévoilant en creux le caractère prémédité de cette attaque.

Un périple meurtrier de 7 minutes

Le procureur a ensuite détaillé le parcours sanglant de l'assaillant dans les locaux de la préfecture de police.

Revenu à son bureau peu avant 13 heures, Mickaël H. a blessé mortellement à l’arme blanche deux personnes qui étaient restées là afin de prendre leur déjeuner.  La première victime décédée, un major de police âgé de 50 ans, "présente une large plaie à la gorge" selon les mots du magistrat. La seconde, gardien de la paix âgé de 38 ans,  a été mortellement touchée par de multiples coups de couteau dans la région thoraco-abdominale. "Une scène d’une extrême violence", a souligné le procureur . 

Après avoir tué les deux premières victimes, l’auteur s’est dirigé vers l’autre bureau situé au même étage. Là, il a porté plusieurs coups de couteau à un adjoint administratif de 37 ans, qui n'y survit pas. 

L'informaticien de la DRPP a ensuite tenté de pénétrer dans un autre local, heureusement fermé, où se trouvaient trois autres fonctionnaires en train de déjeuner. Poursuivant son périple, il a emprunté l’escalier menant à la cour de la préfecture de police. Au cours de ce trajet, il a porté plusieurs coups de couteau à une fonctionnaire de police, gardienne de la paix âgée de 39 ans, qui devait décéder des suites de ses blessures. 

Arrivé au rez-de-chaussée, il a blessé grièvement à la gorge une adjointe administrative qui attendait l’ascenseur. Celle-ci, ce samedi, n'a plus son pronostic vital engagé. Une fois arrivée dans la cour,  l’agresseur a menacé avec son couteau une personne qui tentait de le raisonner. Il s’est ensuite retrouvé à une douzaine de mètres face à un gardien de la paix stagiaire qui lui a intimé l’ordre de poser son arme. Ce jeune policier âgé de 24 ans a ensuite fait plusieurs sommations pour lui demander de se rendre, sans succès. "Mickaël H. qui progressait vers lui lentement, s’est alors mis à courir dans sa direction en pointant son couteau. Devant sa détermination, le gardien de la paix a fait feu à deux reprises afin de le neutraliser", explique Jean-François Ricard. La durée totale de ce périple meurtrier a été estimée à environ 7 minutes, entre son arrivée dans son bureau  et sa neutralisation.

Un casier judiciaire vierge

Mickaël H. auteur présumé des faits est né le 18 septembre 1974 à Fort-de-France en Martinique. Il souffre d’une surdité consécutive à une méningite. Il se serait converti à l’islam depuis une dizaine d’années, selon les témoignages recueillis. 

"Mickaël H. a intégré la police en 2003 en tant qu’agent administratif. Il a toujours exercé ses fonctions au sein du service de maintenance informatique du service de renseignement de la préfecture  de police. Le casier judiciaire de Mickaël H., dont on sait qu'il était habilité "Secret défense", est vierge. Toutefois, il a fait l’objet d’une procédure pour violences conjugales ayant donné lieu à une dispense de peine par le tribunal correctionnel de Pontoise le 28 octobre 2009. "Pour ces agissement, il a reçu un blâme administratif en mai 2012", précise le magistrat. 

Quelles étaient ses motivations ?

A ce stade des investigations, les motifs du passage à l’acte d'un individu pourtant décrit par ses voisins comme sans histoire, demeurent encore flous. L’exploitation du matériel informatique, saisi lors de la perquisition à son domicile de Gonesse (Val-d'Oise), sera longue et délicate compte tenu de la profession de l’auteur et des données sensibles auxquelles il a pu avoir accès au cours de son parcours professionnel au sein se la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris. 

Que savait son épouse ?

Placée en garde à vue jeudi après-midi, l’épouse de Mickaël H. va encore devoir répondre aux enquêteurs pendant quarante-huit heures supplémentaires. "Cette mesure prise désormais du chef d’association de malfaiteurs terroriste criminel", indique le magistrat. Car cette femme, âgée de 38 ans, inconnue des services spécialisées et qui n’est pas fichée S, a échangé en fin de matinée de nombreux SMS avec son mari. 

L’exploitation de son téléphone a en effet permis de mettre en avant des éléments importants : "Ils ont échangé 33 SMS le matin des faits entre 11h21 et 11h50. Dans ces messages, l’auteur des faits a tenu des propos à connotation exclusivement religieuses qui se sont terminés par ces deux expressions : "Allah Akbar", puis "Suis notre prophète bien-aimé Muhammad et médite le Coran". "Ces SMS, s’ils ne sont pas explicites sur l’action envisagée sont été envoyés seulement 30 minutes avant l’acquisition des couteaux", a souligné le magistrat. 

Adhésion "à une vision radicale de l’islam"

Les enquêteurs ont également pu mettre en avant des contacts entre l’auteur des faits et "plusieurs individus susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste salafiste". D’autres témoignages ont par ailleurs fait apparaître que "l’auteur des faits avait adhéré à une vision radicale de l’islam". 

Ceci résulte notamment des éléments suivants cités par le procureur : "Son approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion, son souhait de ne plus avoir certains contacts avec les femmes, sa justification, auprès d’un contact de travail des attentats commis dans les locaux du journal Charlie Hebdo en 2015, son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois enfin, l’intéressé abandonnant toute tenue occidentale au profit d’une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée".

Le caractère prémédité de cette attaque, ainsi que "sa volonté avérée de mourir au cours de son acte", ou encore les blessures occasionnées à au moins une des victimes, ont conduit le parquet national antiterroriste à se saisir de cette enquête qui laisse encore de nombreuses questions en suspens. 

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