Attaque à la préfecture de police de Paris : pourquoi certains policiers n'ont pas pu assister à la cérémonie mardi matin

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L'attaque meurtrière à la préfecture de police de Paris

SÉCURITÉ – Plusieurs collègues des victimes de l'attaque du jeudi 3 octobre dans l’enceinte de la préfecture de police n’ont pas pu assister à la cérémonie donnée dans la cour, sur l’île de la Cité. On vous explique pourquoi.

"Aujourd’hui, de nombreux collègues de l’antiterrorisme de la Direction du renseignement de la préfecture de police ne vont pas assister à cet hommage, pourtant rendus à leurs collègues qu’ils côtoyaient tous les jours. Ce, simplement parce qu’on leur a refusé le port de la cagoule qui permettrait de préserver leur identité", a dénoncé ce mardi matin Grégory Joron, secrétaire général délégué du syndicat SGP-FO police, au micro de LCI.

C'est avec ces quelques mots prononcés place Louis Lépine, à quelques minutes de l’hommage rendu aux quatre policiers tués le 3 octobre dans l’enceinte de la préfecture de police par un de leur collègue, le syndicaliste a lancé un pavé dans la mare. 

"La préfecture de police avait donné son feu vert, pour que les fonctionnaires de la Direction du Renseignement assistent à l’hommage cagoulé. Mais lundi soir, le Protocole s’y est opposé. Les collègues de Damien, Aurélia, Brice et Anthony étaient très choqués", nous précise un peu plus tard le syndicaliste, contacté par notre rédaction au sujet de ce refus. 

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"Questions évidentes de sécurité"

Joint par notre rédaction au sujet de cette décision, l’Elysée confirme qu'effectivement, la préfecture de police avait répondu par l’affirmative à la demande des fonctionnaires souhaitant assister à l’hommage cagoulés. L'Elysée confirme également que c’est le Protocole qui s’y est opposé. "Pour des questions de sécurité, il n’est pas envisageable, au cours d’une cérémonie où sont notamment présents le président de la République, le Premier ministre ou encore le ministre de l’Intérieur, que des individus en cagoule soient présents. S’il se passe quoi que ce soit, il faut pouvoir gérer la situation, avec des individus cagoulés, c’est compliqué". 

En mai dernier pourtant, alors que de nombreux officiels étaient présents à l’hommage rendu à Alain Bertoncello et Cédric de Pierrepont, deux militaires, morts en sauvant des otages au Burkina Faso, le commando Hubert avaient pu assister à la cérémonie le visage masqué pour protéger leur anonymat.

Pour l’Elysée, la situation n’est pas la même. "Les hommes dont le visage étaient masqués d’un tissu beige étaient des militaires qui portaient les cercueils des victimes. Ils étaient à une place bien précise, et pouvaient tous être vus par la sécurité. Au cas où quelque chose se passait". 

Un arrêté relatif au respect de l'anonymat de militaires et de personnels civils du ministère de la défense du 7 avril 2011 encadre d'ailleurs ce dispositif. Dans cet arrêté est mentionnée la liste des services ou unités dont les missions exigent, pour des raisons de sécurité et dans les conditions définies à l'article 39 de la loi du 29 juillet 1881, le respect de l'anonymat des militaires et des personnels civils qui y sont affectés. 

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"Lourd de sens"

L'arrêté du 7 avril 2011 a pourtant été modifié cette année. Il inclut désormais différents services et unités de police dont l’anonymat doit être garanti.  

"Ce qui s’est passé aujourd’hui, est lourd de sens. Ces fonctionnaires de la Direction du renseignement veulent, pour des raisons évidentes, préserver leur identité. Ils travaillent auprès de cibles, Ils sont parfois infiltrés… Voilà, ces gens-là voulaient rendre hommage mais ils n’ont pas pu à cause du Protocole", regrette Grégory Joron du syndicat. Selon lui, ce sont d’ailleurs des membres de la DRPP qui aurait dû, cagoulés, porter les cercueils de Damien Ernest, major de police, Anthony Lancelot, gardien de la Paix, Brice le Mescam, adjoint administratif, et Aurélie Trifiro, gardienne de la Paix. "D'autres fonctionnaires de police de la DSPAP (Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, ndlr) les ont remplacés je crois...", précise-t-il. 

Pour le syndicaliste, il est "indispensable" que "le Protocole change là-dessus". "Comment concevoir que des policiers de la direction du renseignement puissent accomplir leur mission convenablement, avec la sécurité qui s'impose, si leur anonymat n'est pas garanti", conclut-il. 

Joints par LCI, d'autres policiers estiment eux que le refus du port de cagoules pour les fonctionnaires qui l'avaient demandé ce jeudi est "directement en lien avec l'attentat de jeudi". "Le préfet de police l'a dit, la police a été touchée en plein cœur. L’événement survenu est inédit : un agent de la préfecture de police assassine ses collègues, dans les locaux de la préfecture de police, à l'arme blanche, et selon un modus operandi qui n'est pas anodin... Il est évident que le refus de la cagoule ce jour, est en lien avec l'événement du 3 octobre. Avant, la cagoule aurait certainement été acceptée. Président, ou pas. Premier ministre, ou pas", estime l'un d'eux.

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