Attaque à la préfecture de police : les zones d'ombres qui persistent

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L'attaque meurtrière à la préfecture de police de Paris

QUESTIONNEMENTS - Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, est revenu ce samedi sur l’attaque perpétrée deux jours plus tôt à la préfecture de police de Paris. Si les premiers éléments de l'enquête ont permis de dessiner le profil et le parcours de l'assaillant, plusieurs de zones d’ombre restent à être éclaircies.

Son parcours exact a été dévoilé. Mais de nombreux éléments manquent à l’appel. Deux jours après la tuerie perpétrée par Mickaël H. au sein de la préfecture de police de Paris (PP), qui a fait quatre victimes, le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, a fait taire plusieurs rumeurs ce samedi 5 octobre, laissant cependant de nombreuses interrogations en suspens. Pourquoi l'assaillant n'a-t-il pas été arrêté dès son entrée dans le bâtiment alors qu'il était armé ? Comment sa radicalisation a-t-elle pu échapper à la surveillance ? A quels éléments sensibles avait-il accès dans le cadre de son travail pour la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) ? On fait le point sur les zones d’ombres qui persistent.

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Comment a-t-il pu pénétrer dans les locaux de la préfecture armé de couteaux ?

"Les conditions de sécurité intérieure sont absolues et ne sont pas en cause." C’est ce qu’assurait, vendredi, le préfet de police de Paris. Devant les caméras, Didier Lallement a exclu toute faille de sécurité du bâtiment, affirmant que "personne ne peut accéder dans [les] locaux sans des conditions strictes d’accès". Et pourtant, l’homme s'est bien introduit au sein des locaux muni de deux lames. Voilà pourquoi la thèse du couteau en céramique a d'abord été avancée, certains médias décrivant cette arme blanche comme le véritable "cauchemar des contrôles de sécurité". Et rappelant qu’en mars dernier, un détenu avait utilisé ce type d’objet pour attaquer deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe

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Sauf qu'ici, pas de poignard en argile cuite indétectable. Comme l’a précisé le procureur antiterroriste, le tueur a acheté deux armes, quelques minutes avant de passer à l’acte, dans un magasin de la rue Saint-Jacques. "Un couteau de cuisine métallique et un couteau à huîtres." Des objets qu’il a ensuite simplement "dissimulés" dans ses vêtements. Le système de détection des métaux est-il défaillant ? Ou l’assaillant a-t-il évité les portiques ? L'enquête devra permettre, entre autres, de répondre à ces questions. Interrogé sur le sujet ce dimanche, Christophe Castaner, qui avait préalablement reconnu des "failles" dans le système de sécurité, a par ailleurs admis : "Peut-être nous faudra-t-il renforcer cela, c’est un des sujets sur lesquels le préfet de police va travailler".

Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de signalement ?

Mickaël H. avait une vision "radicale de l’islam". Alors que Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, déclarait jeudi que l’agresseur n’avait "jamais présenté le moindre signe d’alerte", le portrait qu’en dresse Jean-François Ricard est bien plus inquiétant. En se basant sur des témoignages, le magistrat a fait savoir que le meurtrier adhérait à des idées extrémistes. "Son approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion, son souhait de ne plus avoir certains contacts avec les femmes, sa justification, auprès d’un collègue de travail, des attentats commis dans les locaux du journal Charlie Hebdo en 2015, son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois..." Autant d’éléments qui auraient dû pousser à un signalement mais qui, d'après les éléments communiqués à Beauvau, ont été "gérés" au sein du service.

Plus préoccupant encore, les enquêteurs ont entendu le témoignage d’un voisin, lui aussi policier, de Mickaël H. Celui qui vit dans l’immeuble où de nombreux locataires sont issus des rangs des forces de l'ordre, certifie que, la nuit précédant l’attaque, vers trois ou quatre heures du matin, son voisin du dessus a crié "Allah akbar", "plusieurs fois". 

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Autant de comportements suspects qui semblent avoir totalement échappé à la hiérarchie du suspect. Et qui poussent à se demander ce que faisait encore Mickaël H. dans l’un des lieux censé compter parmi les plus sécurisés de France. Pour Rocco Contento, secrétaire départemental Paris Unité SGP Police, il faudra attendre les résultats des investigations pour savoir "s’il y a eu faille ou pas". Car s'il n’était pas connu des renseignements, l'assaillant est surtout passé entre les mailles de son propre service, pourtant précisément chargé de détecter des individus radicalisés pour la PP. 

A quoi avait-il accès ?

Le problème de savoir si oui ou non il a eu accès à des données particulièrement sensibles est compliqué par le métier qu’exerçait Mickaël H, informaticien affecté au sein de la DRPP depuis 2003. L’exploitation de ses ordinateurs est d'ailleurs jugée potentiellement longue et délicate par le parquet antiterroriste. Reste que cet aspect de l'enquête est lui aussi primordial, le service de renseignement de la préfecture travaillant sur de nombreux dossiers sensibles. 

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La DRPP a notamment pour mission de "lutter contre les extrémismes à potentialités violentes et le terrorisme, en particulier l’islamisme radical", selon le site de la PP. Un service qui rapprochait l'assaillant au contact d'informations et supports "dont la divulgation est de nature à nuire gravement à la défense nationale", comme l'explique sur son site le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Un point confirmé par le préfet Didier Lallement, qui révélait vendredi qu’en tant qu’agent administratif de catégorie C, Mickaël H. était habilité, "comme de nombreux agents de cette direction", au "secret défense". Un problème lorsque l’on sait que l’homme était, d'après le procureur antiterroriste, lié à certains individus "susceptibles d'appartenir à la mouvance islamiste salafiste". 

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Attaque au couteau à la préfecture : les explications du procureur antiterroriste

Alors que l'enquête s'annonce longue et fastidieuse, le ministre de l’Intérieur, invité du JT de 13h ce dimanche, sera également interrogé par la délégation parlementaire au renseignement, mardi 8 octobre.

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