Attentat de Strasbourg : pourquoi le portrait du tireur n'est-il pas diffusé ?

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Attentat de Strasbourg : le suspect Cherif Chekatt abattu par la police

STRASBOURG - La fusillade ayant eu lieu sur le marché de Noël de Strasbourg a fait deux morts et de nombreux blessés, dont un en état de mort cérébrale. Si l'identité et la photo du tireur ont été rapidement connues des autorités, elles n'ont volontairement pas été révélées au grand public, à quelques exceptions près. Une décision qui questionne les internautes et que nous vous expliquons ici.

Son identité est connue par les services de sécurité, ses proches ont été interrogés, sa photo et plusieurs éléments renseignant son identité circulent sur internet... Mais alors, pourquoi les médias, dont LCI et LCI.fr,  ne diffusent-ils pas l'identité complète et la photo du tireur de Strasbourg ? Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes qui se sont posé la question. 

Reprenons les faits. Mardi 11 décembre, vers 20 heures, un homme a ouvert le feu non loin du célèbre marché de Noël de Strasbourg, place Kleber. Lors de la fusillade, le suspect a fait trois morts et de nombreux blessés. Touché par des tirs de militaires de la force Sentinelle, le tireur a malgré tout pu prendre la fuite. Une chasse à l'homme pour le retrouver a alors été lancée. Elle est toujours en cours.

Le suspect se nomme Cherif C., âgé de 29 ans et originaire d'un quartier sensible de la capitale alsacienne. Connu pour divers faits de droit commun, incarcéré plusieurs fois, il est fiché S pour radicalisation par la DGSI. Ces informations, transmises par diverses sources journalistiques et confirmées par les autorités, constituent les seuls éléments descriptifs du tireur, diffusés  dans les médias. Mais pas de portrait, ni même son nom complet. Pourquoi, dès lors qu'une course contre la montre pour le retrouver est lancée, ne pas y associer la population afin de faciliter la tâche des forces de l'ordre ?

Interrogé à ce sujet par LCI, Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO, estime qu'il s'agirait de "la pire bêtise à commettre". "C’est surtout ce qu’il ne faut pas faire, parce que, derrière chaque Strasbourgeois, on va potentiellement avoir un justicier", argumente le policier.  Ce serait alors le "Wanted" pris en chasse "par des justiciers amateurs" et ce serait "particulièrement dangereux", poursuit le policier. "On pourrait craindre, par exemple, que le tireur présumé, se sentant cerné, n'en devienne que plus incontrôlable." Par ailleurs, cela "ne ferait qu’accentuer le climat anxiogène particulièrement palpable depuis hier soir", craint ce représentant des forces de l'ordre. Et de conclure donc sur la nécessité de laisser les professionnels de sécurité faire leur travail. Une vision d'ailleurs partagée par certains internautes, soucieux de laisser l'enquête se dérouler dans de bonnes conditions. 

Egalement interrogé par LCI, Jean-Louis Bruguière, ancien juge antiterroriste, ajoute que les outils technologiques, notamment la vidéo surveillance et des "systèmes très performants de reconnaissance faciale", peuvent rapidement permettre d’identifier le suspect s’il se trouve sur la voie publique.

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Toutefois, dans la sphère médiatique, certains titres ont fait exception à ce consensus établi. Ainsi, Les Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA), journal local privé d'impression car ses rotatives se trouvent dans la zone confinée, a publié le nom complet et la photo du tireur sur son site internet. Mercredi matin, les journalistes de la rédaction ont justifié leur démarche par "les circonstances exceptionnelles" qui ont endeuillé leur ville.

Certains médias étrangers ont eux aussi diffusé l'identité du suspect, ne répondant pas aux mêmes contraintes que les titres français. Depuis, d'autres médias et de nombreux comptes Twitter de particuliers ont fait circuler l'identité et la photo de Cherif C. 

Une atmosphère de complot

Reste un dernier point qui nécessite explications. Dès la confirmation de l'attaque de Strasbourg, un climat conspirationniste s'est emparé des réseaux sociaux. De nombreux internautes se sont ainsi interrogés sur cet événement, qui intervient au lendemain de la réponse d'Emmanuel Macron aux revendications des Gilets jaunes. 

Après quatre semaines de contestation, de nombreux commentaires sur les pages Facebook du mouvement n'ont pas hésité à parler d'un complot organisé par le pouvoir afin d'enrayer la mobilisation. Particulièrement en vue depuis le début du mouvement, Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", y est même allé de sa vidéo conspirationniste.

Parmi les arguments des uns et des autres, la très rapide connaissance de l'identité du tireur par les forces de l'ordre, mais aussi la non-diffusion de celle-ci dans les médias. Une discrétion qui, dans l'ambiance actuelle, vaut suspicion. Or, loin d'être la pièce d'une quelconque machination, il s'agit en fait d'une mesure de précaution parfaitement assumée. Et qui pourra être levée en fonction des besoins de l'enquête.

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