Attentat islamophobe de Christchurch : Brenton Tarrant avait tout mis en scène sur les réseaux sociaux

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Attentat islamophobe en Nouvelle-Zélande

RÉSEAUX SOCIAUX - Le principal suspect de l'attentat dans deux mosquées qui a fait plusieurs dizaines de morts à Christchurch, au sud de la Nouvelle-Zélande, avait tout préparé avant son attaque ce samedi. Et notamment la postérité de son attaque sur internet.

Les engins explosifs qui auraient été retrouvés sur les véhicules du suspect ne sont pas les seules bombes que Brenton Tarrant a laissées derrière lui. Le suspect présumé de l'attentat islamophobe qui a touché la ville Christchurch, en Nouvelle-Zélande, a inondé internet en quelques heures. Annoncée avant, diffusée en direct pendant, partagée et commentée ensuite : le terroriste avait minutieusement préparée la mise en scène virale de son attaque. 

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Une mise en scène aux codes de la fachosphère

Si l'assaut mené par cet Australien de 28 ans dans les deux mosquées est particulièrement violent, la suite l'est tout autant. Sur internet, l'assaillant a intentionnellement laissé derrière lui une trace qu'il veut indélébile. Très actif sur des forums tels que 8chan (où peut s'y exprimer un discours libertarien, misogyne ou antisémite, comme l'explique Le Monde), il a prémédité la mise en scène de son macabre parcours. Anticipant dès le début son attaque, il l'avait annoncée sur le site un peu plus tôt. "Je vais attaquer les envahisseurs, et même le partager en live sur Facebook", écrit-il, ajoutant le lien où les internautes allaient, quelques heures plus tard, trouver le direct. Curieux ou fascinés, ils ont pu découvrir des images, probablement filmées avec une caméra embarquée. Une réalisation qui lui permet de faire passer ses actions pour celles d'un jeu vidéo. Connectés à ce flux direct, ceux qui le suivaient ont également pu entendre des références à des "buzz" de la fachosphère américaine, donnant encore plus d'ampleur à l’événement. Ainsi, comme le note The Atlantic, le fond sonore est la chanson "Remove Kebab”. Un extrait très partagé sur les sites d'extrême droite d'un clip de propagande réalisé par des nationalistes serbes lors de la guerre de Bosnie dans les années 90.

Avant de tirer, l'homme parle d'un certain Pew Die Die, invitant à suivre son compte. Une référence au YouTubeur le mieux payé, qui a inspiré un combat sur internet en octobre 2018. L'objectif était d'empêcher la chaîne de ce Suédois d'être détrônée par T-Series, une chaîne de divertissement de l'Inde. Outre le caractère protectionniste, c'était une lutte symbolique entre les premiers artisans du web et les entreprises qui tentent de s'en emparer pour monnayer leurs productions. Mais c'est aussi un combat en faveur d'un homme controversé, à l'humour flirtant avec le racisme, qui insultait des personnes noires en jouant à des jeux vidéos. S’il s’est maintes fois excusés pour ses débordements , il avait tout de même promu une chaîne menée par un diffuseur néo-nazi. Tant de références à ce microcosme numérique qui a permis à Brenton Tarrant de réussir son pari : celui de faire massivement parler de lui du début à la fin de son attaque sur internet. 

Ainsi, il a passé la journée à être le centre de discussions sur Reddit, où certains commentaires haineux ont la vie dure. Et ce, sans parler évidemment des sites d'extrême droite comme Breitbart.

Une diffusion macabre sur les réseaux traditionnels

Mais ses odieux attentats ne sont pas restés confinés aux recoins obscurs que peut posséder le web. C'est sur les plateformes utilisées par le grand public que cette attaque a été diffusée. Donnant encore plus d'écho à l'islamophobie de l'assaillant. Même les plus grosses compagnies de notre époque ne sont pas arrivées à éradiquer les messages de haine de Brenton Tarrant et de sa communauté et les vidéos de son attaque. Sur YouTube, Facebook et Twitter, nous avons pu constater cet après-midi encore, soit près de dix heures après que les images ont été filmées, qu'elles existaient encore, facilement trouvables avec les mots "Nouvelle-Zélande" en anglais ou "Christchurch". Dorénavant, ce sont des partisans de l'ultra-droite, comme des comptes djihadistes, qui continuent de diffuser les liens vers ces vidéos, selon les observations du journaliste Nicolas Henin.

Succès ultime pour ce terroriste qui avait prémédité sa mise en scène : l'accès à son manifeste. Cette lecture, qui n'aurait jamais dû sortir des sites de la fachosphère, est désormais le premier résultat sur Google lorsqu’on cherche "Le grand remplacement manifeste" en anglais. Si sa version semble avoir disparu, elle a été republiée par une personne tierce. Le nom du fichier PDF faisant ainsi référence au "tireur de Nouvelle-Zélande".

Cette funeste mise en scène millimétrée fait donc partie intégrante de l'attaque qu'a menée le succès présumé ce vendredi. Et la réussite de son pari est la preuve, s'il en fallait encore une, que dans les bas-fonds les plus glauques du net, des internautes discutent ouvertement de meurtres et d’islamophobie. Une salle de conversation ouverte à tous, qui s'invite sur les réseaux sociaux les plus traditionnels et les plus populaires, exposant aux yeux de tous une glorification des plus abjectes. 

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