DOCUMENT TF1 - "Le terroriste avait un homme en joue" : le premier policier intervenu au Bataclan brise le silence

DOCUMENT TF1 - "Le terroriste avait un homme en joue" : le premier policier intervenu au Bataclan brise le silence

TÉMOIGNAGE - Il n'avait jamais raconté cette terrible nuit. Cinq ans après l'attentat du Bataclan, le premier policier à être intervenu dans la salle de spectacle sort du silence face aux caméras de TF1.

Il réfute le terme de héros. "On a fait notre travail", glisse modestement l'agent de la bac nuit de Paris. Le 13 novembre 2015, ce policier est le premier à avoir pénétré dans le Bataclan. En compagnie de son supérieur hiérarchique, il a abattu un terroriste dix minutes après son arrivée sur place. Cinq ans après, ce policier qui préfère ne pas divulguer son nom et se faire appeler "Greg" par souci de discrétion a décidé de parler de cette terrible nuit des attentats de Paris : "C’est important de savoir ce qu’a fait la bac 75N ce soir-là", explique-t-il.

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La soirée devait être calme. Ce vendredi 13 novembre 2015, Greg commence son service à 18h30. L'agent de la Bac 75N travaille en duo avec son supérieur hiérarchique. Le commissaire s’occupe des tâches administratives, Greg prépare le véhicule pour les interventions à venir. "C’était une journée lambda avant que les premières explosions au Stade de France ne retentissent, raconte l’agent de police. Lorsqu'une deuxième détonation retentit, ils décident de se rendre sur place. 

Les deux hommes prennent alors la route, direction le Stade de France. Mais lors de leur progression, les deux officiers entendent que des tirs ont eu lieu dans le 11e arrondissement.  "On se demande ce qu’on doit faire. Doit-on se rapprocher des tirs ?" D’un commun accord, les deux officiers de la Bac décident de rebrousser chemin. A quelques mètres de la place de la République, ils apprennent que des tirs sont en cours au Bataclan.  "Il est 21h49 et on est à 300-400 mètres", se souvient-il. Les deux hommes se dirigent donc vers la salle de concert parisienne. "On ne savait pas où on mettait les pieds". 

Une fois sur place, ils se rendent tous deux à l’entrée du site. "Derrière les portes battantes, les coups de feu retentissent :"le Tak tak tak caractéristique de la kalachnikov" décrit Greg en imitant le bruit saccadé de l'arme. Il reprend : "D'un seul coup, une vingtaine de personnes sortent et crient qu’il y a encore du monde à l’intérieur." Les deux policiers profitent d’une accalmie pour pénétrer dans la salle de concert. "Mon chef me dit qu’il faut qu’on y aille. Je n’ai même pas besoin de lui répondre". Les deux hommes travaillent ensemble depuis quatre ans. "On est sur le même mode de fonctionnement", précise Greg. 

"On est sur place à 21h54 et à 21h57, l'individu est neutralisé."- Greg

"D’un point de vue protocolaire, on n'aurait pas dû rentrer. A priori, ce sont les primo-arrivants qui figent la situation et on doit attendre les services spécialisés - RAID, BRI - qui eux sont à même d'intervenir dans ce style d'opération." Les deux policiers ne sont même pas équipés pour une telle intervention. Mais Greg et son commissaire décident de ne pas attendre le feu vert des autorités :

Les deux officiers pénètrent alors dans l’horreur. "A certains endroits, il y avait des corps partout", raconte Greg. La lumière aveuglante des projecteurs ne lui épargne aucun détail. Sur la scène, le policier de la BAC 75N aperçoit un terroriste qui tient une kalachnikov entre les mains. "Il avait un homme en joue", se souvient-il. Greg et son collègue tirent sur l’individu. Le commissaire "tire quatre cartouches et j’en tire deux. Le terroriste tombe", détaille le policier. Tout s'est déroulé en moins de 10 minutes : "On reçoit un appel radio à 21h49, on est sur place à 21h54 et à 21h57, l’individu est neutralisé."  Pris pour cible par un autre terroriste à l’étage, Greg et son commissaire décident de sortir du Bataclan, pour éviter les tirs et surtout transmettre des informations à leurs collègues."Nos radios étaient coupées pour ne pas nous faire repérer", commente le policier. 

"On n'a pas le même regard que les victimes"- Greg

Greg en profite pour envoyer un message à sa femme. "Je savais qu’on allait y retourner, explique le policier, on n’intègre pas la Bac de nuit pour jouer au scrabble." Entre-temps, leurs collègues de la BAC 75 N arrivent sur place, rejoints plus tard par les techniciens de la BRI. "Ce soir-là, il faut bien se rendre compte que la BAC 75N a fait un travail extraordinaire", souligne Greg. Ce n'est que trois semaines après les attentats qu'il réalisera qu’il a passé quatre heures dans le Bataclan, quand sa mémoire ne conserve le souvenir que d’à peine trente minutes. 

Cinq ans après, les pensées du policier se tournent vers les personnes touchées par le drame. "On n’a pas le même regard que les victimes. Nous, quand on entre on est actifs. Eux, ils sont là pour voir un concert et ils se font tirer dessus". Parmi  ceux que l'agent a pu sauver, il y a l’otage pris au piège sur la scène de la salle de spectacle. "On a eu l’occasion de le croiser une ou deux fois et il nous a remerciés", assure le policier. Depuis ces événements, Greg a changé de carrière tout en restant dans la police. Pour l’instant, il n’a pas ressenti le besoin de consulter un psychologue. Mais il sait que, comme chaque année, à cette période, son téléphone va sonner, que les images qui s'effacent toute l'année vont revenir : "On vit avec, on n'a pas le choix". 

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