INFO TF1/LCI - Condé-sur-Sarthe : les deux écoutes qui alertaient dès 2016 sur la dangerosité de Michaël Chiolo

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ENQUÊTE - Le renseignement pénitentiaire alertait dès 2016 sur la volonté de Michaël Chiolo de s’en prendre à des surveillants, "au nom d’Allah". Deux écoutes, dont LCI a pris connaissance, ont été transmises à la hiérarchie. Nos investigations ont en outre permis de mettre en lumière le rôle joué par une sulfureuse association dans la rencontre entre le détenu radicalisé et sa compagne, décédée mardi après l'assaut du Raid.

Une faille de plus dans le suivi pénitentiaire de Michaël Chiolo ? Selon nos informations, dès le mois de septembre 2016, des surveillants pénitentiaires avaient la conviction que Michaël Chiolo pouvait basculer dans l’action violente. En effet, au cours de cette année, alors qu’il est détenu, une conversation avec sa compagne est interceptée par le renseignement pénitentiaire dans le cadre des enregistrements légaux des conversations téléphoniques passées depuis la prison. 


Dans ces enregistrements, Michaël Chiolo envisage clairement auprès d’Hanane Aboulhana son intention de s’en prendre à un surveillant pénitentiaire avec une arme blanche et "au nom d’Allah". Deux rapports sont alors écrits par des agents du renseignement pénitentiaire et transmis à la hiérarchie. 

La sulfureuse association Sanabil comme intermédiaire

Dans ces documents, donc LCI a pris connaissance, les propos de Michaël Chiolo sont jugés "alarmants par leur teneur à l’égard des personnels". Le détenu explique à sa femme qu’il est parvenu à se procurer un téléphone portable et lui demande de faire rentrer 150 euros au parloir. Puis il tient des propos troublants au regard du scénario qui s’est dessiné à Condé-sur-Sarthe mardi : "Toute la nuit Sheitan, il était là, il m’a dit : demain matin lorsqu’ils ouvrent la porte, tu leur fais un truc de fou. […] Ici je sors de la cellule avec un couteau, j’en attrape un, je l’emmène dans la cellule, il n’y a personne qui fait rien."


L’agent du renseignement pénitentiaire poursuit : "Il déclare également qu’il n’hésitera pas à foncer dans le tas et qu’il sera sans pitié si on s’attaque à sa religion ou à sa famille." Selon nos informations, cette femme lui a été présentée par l’intermédiaire de Sanabil, une association d’aide aux détenus musulmans, dissoute depuis. Toujours selon cette écoute, Michaël Chiolo, qui est alors déjà radicalisé, dit refuser "tout ce qui vient de l’Islam de France" lorsqu’il évoque avec sa femme l’éducation de ses futurs enfants. Il reprochera d’ailleurs à sa femme de ne pas se fier au même calendrier que lui. Ces rapports concluent que le détenu est "inquiétant", en mesure de s’en prendre physiquement aux services pénitentiaires et pouvant basculer dans un acte violent "qui ressemblerait à une prise d’otage".

Son épouse a-t-elle joué le rôle de détonateur ?

Au cours d’un autre contact téléphonique, retranscrit par le renseignement pénitentiaire, Michaël Chiolo s’agace auprès de sa compagne d’une fouille réalisée le matin même dans sa cellule. "La directrice m’a dit : 'on a écouté vos conversations téléphoniques, vous avez eu l’intention d’égorger un surveillant'. Même si je l’ai dit, je l’ai dit dans un cadre privé", affirme-t-il. "Ils font ça pour me briser, ils peuvent tout m’enlever, mes affaires, me tuer, ils m’enlèveront jamais la foi. On a toujours surmonté les épreuves ensemble, grâce à l’aide d’Allah", ajoute-t-il.


Selon plusieurs sources proches de l’enquête contactées par LCI, son épouse est considérée comme celle qui l’aurait fait basculer dans l’acte violent. "Il était radicalisé avant de la rencontrer. Mais c’est semble-t-il elle qui finit de lui monter la tête, c’est son détonateur", explique l’une d’entre elle. C’est d’ailleurs elle qui attaquera en premier les surveillants pénitentiaires mercredi à l’unité de vie familiale de Condé-sur-Sarthe. Reste à savoir comment, depuis 2016, le couple a pu passer sous les radars, au point de pouvoir bénéficier de temps commun au sein l’unité de vie familiale. Faille de l’administration pénitentiaire ou redoutable stratégie de dissimulation ?


Pour le syndicat UFAP-Unsa, ces rapports illustrent le "laxisme" et la "complaisance" de l’administration pénitentiaire. "Aucune suite pénale n’a été donnée à ces déclarations, à croire que le chef d’établissement ayant recueilli celles-ci ne les aient pas portées à la connaissance du parquet", s’interroge le syndicat dans un communiqué. Selon nos informations, après ces écoutes réalisées lorsqu’il était en détention à Besançon, Michaël Chiolo a été placé à l’isolement à Strasbourg, avant de passer six semaines à Réau (Seine-et-Marne) pour évaluation, puis d’être transféré à Condé-sur-Sarthe en mars 2017 en détention ordinaire. 

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