INFO LCI – Attentat de Nice : le "mentor influent" du terroriste n’est pas radicalisé selon l’administration pénitentiaire

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ENQUÊTE – Selon nos informations, l’homme présenté par les enquêteurs comme le "mentor" de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, n’a pas été considéré comme "radicalisé" par l’administration pénitentiaire à l’issue d’une évaluation de quatre mois.

Un éclairage qui vient contredire la version soutenue jusqu’à présent par l’accusation. Chokri Chafroud, présenté par l’enquête comme le "mentor influent" de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le terroriste de Nice qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016, n’a pas été considéré comme "radicalisé" par l’administration pénitentiaire, a appris LCI auprès de plusieurs sources proches du dossier. Les conclusions du collège d’experts du quartier de l’évaluation de la radicalisation (QER) qui l’a examiné pendant quatre mois sont claires : ce Tunisien soupçonné d’avoir influencé Mohamed Lahouaiej-Bouhlel dans son passage à l’acte violent, n’est pas prosélyte et n’adhère pas à une idéologie violente.

Aucune radicalité de type religieux

L’homme, écroué depuis deux ans et demi, est considéré comme une pièce maîtresse de l’enquête. Dans un message exhumé par les enquêteurs, il avait envoyé au tueur de Nice trois mois plus tôt un message troublant : "Charge le camion, met dedans 2.000 tonnes de fer (…) coupe lui les freins mon ami, et moi je regarde". 

Le collège d’une dizaine d’experts, composé de psychologues, d’éducateurs, de personnels pénitentiaires, a estimé que Chokri Chafroud ne présentait aucune radicalité religieuse. Bien au contraire, d’ailleurs. A l’inverse d’une personnalité dominatrice qui pourrait avoir eu une emprise importante sur des esprits faibles ou instables, il leur est apparu qu’il était lui-même vulnérable et facilement influençable. Autrement dit, le portrait opposé de "mentor influent" que l’enquête a dressé de lui.

Les experts du phénomène de la radicalisation

L’administration pénitentiaire a donc préconisé un placement en détention ordinaire, où le travail et un perfectionnement de la langue française lui promettraient une meilleure insertion sociale et professionnelle. Contactés par LCI, ses avocats n’ont pas souhaité commenter un "document couvert par le secret de l’instruction". De son côté, l’administration pénitentiaire indique qu'elle ne souhaite pas commenter de "cas individuel". Elle met néanmoins en avant l’expertise de ses spécialistes. "Ce sont ceux qui connaissent aujourd’hui le mieux le phénomène de la radicalisation, ses mécanismes. Ils savent anticiper les stratégies de dissimulation", démine une source pénitentiaire.

Selon nos informations, sur les 500 détenus dans des affaires de terrorisme, 350 sont d’ores et déjà passés au sein des quartiers d’évaluation de la radicalisation. "Le niveau de dangerosité n’est pas proportionnel au délit ou au crime. Des détenus dits de ‘’bas de spectre’’ se sont révélés être des prosélytes très influents. Et inversement. La finalité de ce rapport n’est pas de se substituer aux expertises ordonnées par les juges mais de déterminer la nature de la prise en charge en détention en fonction de la dangerosité du détenu", poursuit cette source.

Reste que pour un avocat, partie civile dans ce dossier, "ces conclusions vont considérablement orienter les choix du juge d’instruction, à l’heure où il doit décider des charges retenues contre les suspects". Selon une source judiciaire, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, qui a ce vendredi 1er mars examiné un recours de rejet de placement sous le statut de témoin assisté de Chokri Chafroud, doit statuer le mois prochain. Les juges vont décider s’il existe suffisamment "d’indices graves ou concordants" justifiant sa mise en examen.

Vers un procès en 2020 ?

Après plus de deux ans et demi d’enquête, aucun lien entre Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et la zone irako-syrienne n’a été établi. Selon nos informations, les juges chargés de l’instruction du dossier de Nice pourraient rendre leur ordonnance de renvoi ou de non-lieu cet été, pour un possible procès en 2020. Pour l’heure, ils ont indiqué cet automne aux parties civiles ne pas être certains de pouvoir obtenir un renvoi pour "complicité d’assassinat" devant la cour d’assises spéciale. 

"Les juges d’instruction vont devoir prendre une décision rapide pour purger la question de la détention provisoire", pronostique une source proche de l’enquête. Certaines parties civiles se sont d’ailleurs interrogées sur la composante terroriste pour l’ensemble des prévenus, lorsqu’elles ont été reçues à l’automne par les juges.

Neuf personnes étaient à l’origine mises en examen dans ce dossier. L’un d’entre eux s’est suicidé en prison l’année dernière. Parmi les huit restants, deux sont placés sous contrôle judiciaire.

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