La famille de Vincent Delory, un otage tué en 2011 au Mali, veut faire reconnaître la responsabilité de l'Etat

Les parents de Vincent Delory, otage tué au Mali
Terrorisme

TERRORISME- Vincent Delory, otage tué au Mali en 2011, a été déclaré "victime du terrorisme" au mois de juin dernier. Sa famille juge insuffisante cette reconnaissance symbolique et souhaite que l'Etat reconnaisse sa responsabilité.

Le 30 juin dernier, paraissait au Journal officiel un décret attribuant une médaille nationale de reconnaissance à 137 victimes de terrorisme, dont 13 à titre posthume.

Le premier nom figurant sur cette longue liste est celui de Vincent Delory. Cet ingénieur de 25 ans avait été tué au Mali le 8 janvier 2011 au cours d’une intervention franco-nigérienne visant à le libérer. Il avait été enlevé la veille avec l’humanitaire Antoine de Léocour dans un restaurant de Niamey, au Niger, par un groupe d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique). Selon la version officielle, les deux otages français ont été tués lors de l'intervention armée. Antoine de Léocour avait été abattu d'une balle dans la tête par un jihadiste et Vincent Delory, avait été retrouvé carbonisé dans l’incendie d’un 4x4 appartenant à AQMI.

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Des années de combat

Voilà des années que les parents de Vincent Dolery se battaient pour faire reconnaître la responsabilité de l’administration dans la mort de leur fils. Mais cette médaille, demandée en novembre 2018 et purement symbolique, semble encore loin de leurs attentes. "Ça n'apporte absolument rien. Ce que nous voulons, c'est que l'Etat reconnaisse qu'il a mis la vie des otages en danger, qu'ils ont tiré sur le 4x4 et que Vincent en est mort", a déclaré vendredi 12 juillet son père Gilles Delory à l'AFP. 

Au micro de RFI le 8 janvier dernier, Annabelle Delory revenait sur le combat mené par elle et sa famille : "C’est très clairement l’intervention militaire qui l’a tué. (…) Qu’on l’assume, qu’on nous le dise, qu’on reconnaisse face à nous qu’on l’a sacrifié, c’est ça qu’on veut entendre aujourd’hui. Qu’on ne nous dise pas 'c’est juste une victime du terrorisme, point'."  Cette dernière a également confié à La Voix du Nord qu'elle ne désespérait pas qu'un "officiel" assume un jour "la responsabilité de l'Etat dans le préjudice subi par Vincent".

Afin de connaitre précisément les circonstances dans lesquelles Vincent Delory a été tué il y a huit ans, sa famille a engagé une procédure judiciaire pour homicide involontaire. Une procédure qui est au point mort depuis deux ans. 

Cette procédure judiciaire, qui relève du droit pénal, ne peut d'ailleurs permettre d’engager la responsabilité de l’Etat, affirme maître Vincent Brengarth, sollicité par LCI. En effet l’article 121-2 du code pénal dispose que les personnes morales peuvent être responsables pénalement, à l’exception de l’Etat. "L’avantage de la procédure judiciaire", constate tout de même cet avocat spécialisé en droit pénal et droit administratif, "c’est qu’elle permet de lancer des investigations et d’avoir accès à de nouveaux éléments." 

 

C’est seulement devant une juridiction administrative qu’il est possible de faire reconnaître la responsabilité de l’Etat, et ce pour "faute". Une action qui ouvrirait droit à une indemnisation pour la famille Devory, explique Maître Brengarth qui poursuit, tout en nuance : " Il est très difficile d’engager la responsabilité de l’Etat, surtout dans des matières où le secret défense n’est jamais loin. Des dossiers comme celui-ci sont classifiés pendant 50 ans."

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