Lutte contre le financement du terrorisme : des attentats de plus en plus "low cost" aux financements difficilement traçables

Terrorisme

RAPPORT - Dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme, Valérie Boyer (LR) et Sonia Krimi (LREM) ont remis leur rapport d’information. Les deux élues relèvent que les attentats perpétrés en Europe ne nécessitent plus de fonds aussi importants qu'avant. Le terrorisme est désormais "low cost".

Vers un terrorisme de moins en moins coûteux ? Les deux députés Valérie Boyer (LR) et Sonia Krimi (LAREM) ont remis leur rapport d'information sur la lutte contre le financement du terrorisme international. Désormais consultable sur Internet, ce rapport met en lumière la façon dont il est financé et révèle que les attentats perpétrés en Europe, ces dernières années ont fait naître un "terrorisme low cost". 

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Un terrorisme "low cost" de plus en plus présent

Dans ce rapport, les députés rappellent que "la majorité des attaques terroristes perpétrées aujourd'hui, et tout particulièrement en Europe, ont été réalisées avec peu, voire très peu de moyens". Elles estiment par ailleurs que les attaques survenues à Toulouse en 2012 ont été un révélateur de cette nouvelle tendance. 

"Si le coût des attentats du 11 septembre 2001 a été estimé entre 350 et 400 000 dollars, la plupart des attaques commises  récemment sur le sol européen ont coûté moins de 10 000 voire moins de 1 000 euros", écrivent les députées dans leur rapport. Et de prendre en exemple, les attentats de janvier 2015 et du 13-Novembre. 

En janvier 2015, les terroristes n'ont dépensé que 25.000 euros et en novembre de la même année, 82.000 euros. L'attentat de Nice n'aurait, quant à lui, coûté que 2.500 euros et les différents actes terroristes menés avec des armes blanches coûtent encore moins cher. 

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Ces attaques terroristes à bas coût ne nécessitent plus d'énormes moyens financiers pour être mis en place. Les enquêteurs et services anti-terroristes du monde entier ont été au cours des dernières années confrontés à des attentats ou des tentatives d'attentats qui ont mobilisé de très petites sommes d'argent, difficiles voire impossibles à tracer et repérer à l'avance. 

En 2015, une chercheuse norvégienne s'était penchée sur le sujet et a étudié les données d'une quarantaine de cellules terroristes ayant organisé ou tenté d'organisé des actions en Europe. Elle révélait déjà que dans les trois-quarts des cas le montant des sommes en jeu pour l'organisation des attaques n'a pas dépassé 10.000 dollars. "Les terroristes collectent, transfèrent et dépensent l'argent de façon remarquablement ordinaire", écrivait-elle dans son rapport. Une étude reprise également par les co-rapporteuses. 

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Les différents moyens de financement du terrorisme "low cost"

Valérie Boyer et Sonia Krimi énumèrent ensuite les pratiques des différents terroristes pour financer leurs actes. Les vols à mains armées (comme l'a fait notamment Mohamed Merah), les escroqueries à la consommation (comme ont pu les faire, Amedy Coulibaly et Hayat Boumedienne) et enfin, le commerce illicite (comme l'ont exercé les frères Kouachi). Elles soulignent également les moyens financiers familiaux qui, ont parfois, pu servir aux financements de voyage sur zone et d'actes terroristes, une précision notée par Bruno Dalles, le directeur de Tracfin. 

Elles expliquent que les réseaux terroristes recherchent une certaine sécurité dans le financement des actes et prennent alors appui sur des moyens comme Western Union ou Moneygram pour transférer les devises. Et de préciser que "la Hawala", un processus de transfert d'argent d'un client à un collecteur en contact avec le destinataire de l'argent, brouille la "traçabilité des transferts", disent-elles. "Les 'collecteurs' sont les principaux architectes des flux financiers collectés au profit de l’État islamique", expliquent les deux députées. 

Elles pointent également le recours "aux espèces et aux cartes prépayées" pour anonymiser les transactions. Ces produits "opacifient les transactions", indiquent Bruno Dalles aux deux co-rapporteuses. Autre moyen utilisé, les comptes bancaires alternatifs proposant des numérotations de compte allemandes ou anglaises échappant "à toute identification nationale". Enfin, elles notent que certaines associations et ONG intervenant notamment en zone de combat, les fonds de dotation ou encore les associations cultuelles  ainsi que les sites de financement participatif et les cagnottes en ligne. 

Quelles préconisations pour lutter contre ce financement ?

Valérie Boyer et Sonia Krimi dressent un tableau de 23  recommandations pour renforcer cette lutte. Pour elles, la coopération internationale est l'une des clés pour contrecarrer ces pratiques. Sur le plan national, elles préconisent toutes deux une application des outils qui existent déjà pour lutter contre le financement du terrorisme, comme accorder des moyens suffisants à Tracfin, améliorer les contrôles de délivrance des prêts à la consommation, mieux encadrer les achats de cartes prépayées, permettre aux douaniers de rémunérer les sources fournissant des informations, ou encore engager une réflexion sur l'échange d'informations entre le secteur financier et les autorités chargées de lutter contre le financement du terrorisme. 

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