Ce que l'on sait du Centre Zahra France de Grande-Synthe, accusé de contribuer à "la diffusion de l'islam radical"

Terrorisme
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PROFIL - Après avoir fait l'objet d'une vaste opération antiterroriste début octobre, le Centre Zahra France, situé à Grande-Synthe (Nord), va fermer ses portes, au moins temporairement, sur ordre du préfet. Mais quelles actions mène cette association musulmane chiite fondée par un proche de Dieudonné ? Comment est-elle perçue dans la commune qui l'accueille depuis 2005 ? Éléments de réponse.

Le préfet du Nord a ordonné la fermeture du Centre Zahra France à Grande-Synthe, accusant cette association cultuelle musulmane de contribuer à "la diffusion de l'islam radical chiite à l'échelle européenne", rapporte l'AFP ce mercredi. "Est prononcée pour une durée de six mois la fermeture du lieu de culte 'Centre Zahra'", peut-on lire dans un arrêté daté du 15 octobre. 


Pour rappel, les locaux du centre avaient fait l'objet, au début du mois, d'une vaste opération antiterroriste impliquant quelque 200 policiers, dont des agents du Raid et de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention), à l'issue de laquelle trois personnes avaient été placées en garde à vue. La préfecture justifiait alors cette opération par le "soutien marqué" de des dirigeants du centre à "plusieurs organisations terroristes". 

Une intervention qui n'avait pas vraiment étonné la municipalité. Selon les informations de LCI, la mairie savait que le Centre Zahra France, installé sur ses terres depuis 2005, était surveillé par les services de sécurité. Et si elle n’entretenait aucun lien avec l’association cultuelle, elle savait que certains de ses dirigeants, dont certains tiennent des commerces bien implantés près de la mairie, étaient très engagés. 


Les locaux du Centre Zahra abritent par ailleurs plusieurs associations parmi lesquelles le Parti antisioniste, la Fédération chiite de France ou France Marianne Télé, soupçonnées par les autorités françaises de légitimer le djihad et de faire l’apologie de mouvements terroristes comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais. 

Un antisionisme affiché

L'antisionisme semble être l'un des piliers du Centre. Quiconque souhaite pénétrer dans son enceinte - un grand bâtiment de briques rouges près de l'autoroute - doit d'abord s'essuyer les pieds sur le drapeau israélien (cf photo ci-dessous). Et Yahia Gouasmi, l'un des fondateurs du Centre Zahra France avec Tahiri Jamel et Khalid Abdelkrim, est à l'origine du Parti antisioniste, qui compte parmi ses soutiens Dieudonné et Alain Soral (ils figuraient sur la liste du parti pour les élections européennes de 2009). 


Un antisionisme au nom duquel l'association s'oppose à Daech. En mai 2016, elle a ainsi posté sur les réseaux sociaux un article condamnant "le groupe terroriste dirigé par le Calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi depuis le 29 juin 2014" (l'Etat islamique, ndlr), le qualifiant de "projet nazi socialo-sioniste". 


Yahia Gouasmi avait d'ailleurs interprété ainsi l'opération policière qui venait d'être menée : "C’est Israël qui est derrière ça, c’est ce que je voudrais vous lancer comme message. On soutient le Hezbollah, on est chiites, on est contre Daech, nous faisons la guerre au terrorisme. Le Hezbollah n’est qu’une résistance qui défend un territoire qui était occupé par Israël."

Liens étroits avec l'Iran, plaintes contre Israël (pour ses "crimes commis au Liban durant l'été 2006") : sur internet, Yahia Gouasmi multiplie les vidéos anti-israéliennes sur sa chaîne YouTube, suivie par 23.700 personnes, ou encore via les réseaux sociaux du Centre Zahra France (9300 abonnés sur YouTube et 8700 sur Facebook).  

"Ils sont à part"

Sur son site internet, l’association dit avoir pour but "de faire connaître le message de l’islam à travers le regard du Prophète et de sa famille ; de les faire connaître, de traduire leurs pensées et de témoigner de leurs œuvres". 


A Grande-Synthe, le Centre Zahra France, d'obédience chiite, cohabite avec deux autres associations musulmanes, toutes deux sunnites. Mais ces deux dernières n'ont pas du tout le même avis sur l'association. "L’image du Centre Zahra France telle que donnée dans les médias, je la découvre. Ces informations m’étonnent", expliquait début octobre à LCI Abdelhouaheb Zaïbet, président du centre culturel et cultuel Essalam. "Chiites, sunnites : nous sommes tous frères de l'islam. J'ai déjà discuté religion avec les dirigeants du Centre Zahra et je n'ai jamais eu de dissensions profondes avec eux", continuait-il. "Celui qui me dit que ce que fait le Centre Zahra est mal connaît mal l’association et ses fidèles."


Le responsable de la mosquée CJEV assurait, lui, auprès de LCI qu'il n'avait "jamais eu de relation avec les dirigeants du Centre Zahra. Je ne les fréquente pas, je ne sais pas quelle religion ils pratiquent. Ils sont à part".

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