Peter Cherif déféré après sa garde à vue : des Buttes-Chaumont à Djibouti, itinéraire d’un des terroristes le plus recherchés au monde

Terrorisme

PROFIL - Aussi connu sous le pseudonyme d'Abou Hamza, le possible commanditaire de l'attentat de Charlie Hebdo, ami des Frères Kouachi et proche d'Amedy Coulibaly, a été placé en garde à vue ce samedi puis déféré ce jeudi après son extradition en France depuis Djibouti. Si son profil fait actuellement état d'un vétéran du djihadisme, que sait-on du parcours du criminel au lourd passif ?

Il figurait notamment sur la liste noire du département d'État américain depuis septembre 2015. Peter Cherif était il y a quelques jours encore l’un des terroristes les plus recherchés au monde. Il a été interpellé à Djibouti 16 décembre par la police française. Expulsé vers la France, il a été placé en garde à vue dès son arrivée dimanche 23 décembre sur le sol français puis déféré ce jeudi. Il a été interpellé à l'aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris en mai 2017 pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Cette enquête confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) vise son séjour dans les zones du Moyen-Orient où ont sévi et ou sévissent encore les mouvements extrémistes tels que Al Qaïda et l'Etat islamiste, précise une source familière de ce dossier.

"Je salue l'efficacité de nos services et les échanges internationaux qui ont permis son arrestation", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, sur son compte twitter. "Il avait fui la justice française. Il devra devant elle répondre de ses actes." 

Que sait-on de cette figure française du jihad, répondant aussi au pseudonyme d’Abou Hamzaqui, au lourd passif ?

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Ami de longue date des frères Kouachi

Âgé de 36 ans, Peter Cherif est né d'une mère venue de Tunisie et d'un père antillais et catholique décédé alors que son fils n'avait que 14 ans. A la fin des années 90, alors que sa famille est installée dans le 18e arrondissement de Paris, il fait partie d'un petit groupe dans le quartier des Buttes-Chaumont, qu'on qualifiera plus tard de bande puis de "filière djihadiste des Buttes-Chaumont". C’est ici et à cette époque, que son chemin croise celui des frères Kouachi, qui ont abattu douze personnes et fait onze blessés au cours de l’attaque de la rédaction du magazine satirique en 2015 et d’une cavale qui s’était terminée deux jours plus tard. 

De famille musulmane mais non pratiquante, il ne se convertit à l'islam qu'en 2003, et alors qu’il fréquente le prédicateur radical Farid Benyettou, selon BFM TV citant l'organisation Counter Extremism Project, il bascule vers une idéologie radicale à l'instar de tous les membres du groupe. À l'époque, Peter Cherif agresse à coups de pierres les clients d'un restaurant juif. 

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Dans les rangs d’Al-Qaida

Révolté par l'intervention américaine en Irak, l’ex-délinquant juvénile part au début des années 2000 à Falloujah, en Irak , où il a longtemps combattu. Arrêté une première fois fin 2004 et remis à la justice française, il est condamné à 15 ans de réclusion à Bagdad. Il est incarcéré à la prison d'Abou Ghraïb, avant de s'évader d'une autre prison irakienne en mars 2007. De transfert en évasion, il rejoint  finalement la Syrie où il finit par se rendre aux autorités françaises en 2008.  

Extradé par la suite en France, il est incarcéré pendant 18 mois. Mais lors de son jugement en janvier 2011, il ne se présente pas devant le tribunal au dernier jour de son procès et disparaît. Il est localisé quelques mois plus tard dans la péninsule arabique au Yémen (Aqpa), où il s’est engagé dans les rangs d’Al-Qaida, et où il serait entré en contact avec Cherif Kouachi, resté en France. 

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Recherches internet suspectes

En avril 2012, les services de renseignement français présentaient ce dernier comme "l'un des contacts en France" de Peter Cherif, cadre d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), alors soupçonné "d'organiser, depuis le Yémen, une filière d'acheminement de djihadistes susceptible d'impliquer" Cherif Kouachi. 

Quelques mois plus tard, des courriels sont échangés entre le Yémen et un cyber-café voisin de l'appartement de Kouachi. Fin 2012, la police s'inquiète des recherches internet de Kouachi "sur une éventuelle colocation d'une chambre 

dans la ville d'Al Jouf", fief d'Aqpa, l'organisation dont se sont réclamés les frères Kouachi après la tuerie de Charlie Hebdo.

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Proche d'Amedy Coulibaly

Après les attentats de Charlie Hebdo, Montrouge et de l’Hyper Cacher, un  autre détail viendra intriguer les enquêteurs : Peter Cherif a suivi une formation de conducteur de poids lourd à Dammartin-en-Goële, à quelques pas de l'imprimerie où se sont retranchés les frères Kouachi le 9 janvier 2015, avant d’être abattus par le GIGN. Peter Cherif est également soupçonné d’avoir été en contact avec Amedy Coulibaly, auteur de l’attaque de l’Hyper Cacher au lendemain de l’attaque de Charlie Hebdo. 

Pour rappel, en novembre 2018, les juges d'instruction chargés de l'enquête sur les attentats de janvier 2015 ont notifié aux parties la fin de leurs investigations. Quinze personnes, en détention provisoire pour la plupart, sont mises en examen dans l'enquête sur ces attentats, qui ont fait 17 morts.

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