Procès de Mehdi Nemmouche : deux ex-otages racontent leur détention et identifient formellement l'accusé

Procès de Mehdi Nemmouche : deux ex-otages racontent leur détention et identifient formellement l'accusé

Terrorisme
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PROCÈS - Ce jeudi 7 février, Nicolas Hénin et Didier François, tous deux journalistes et otages en Syrie, ont formellement reconnu Medhi Nemmouche au cours du procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles, en 2014. Ils accusent l'homme d'avoir été leur geôlier.

Des témoignages précieux qui décrivent un homme "sadique", "intarissable sur Mohamed Merah", rêvant de "fumer une petite juive en la tirant par les couettes". Ce jeudi 7 février, Nicolas Hénin, ancien journaliste et désormais chef d'entreprise, ainsi que Didier François, journaliste à Europe 1, font entendre leur voix au procès de Mehdi Nemmouche, accusé d'être l'auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles en 2014. 


Cinq ans après les faits, les deux journalistes déposaient pour éclairer la Cour sur la personnalité de Nemmouche et tous deux ont formellement reconnu ce dernier comme ayant été leur geôlier, lorsqu'ils étaient tous deux otages en Syrie. A la barre, Nicolas Hénin, ancien journaliste au journal Le Point, a identifié Mehdi Nemmouche. "Je n'ai absolument aucun doute sur le fait que Mehdi Nemmouche ici présent était mon geôlier et tortionnaire en Syrie connu sous le nom d'Abou Omar", a affirmé Nicolas Hénin, ex-reporter de guerre. Le journaliste Didier François a également dit n'avoir "aucun doute" sur son identité. 


Au cours de l'enquête sur la séquestration d'Alep, trois des quatre journalistes l'ayant reconnu avaient brossé le portrait d'un gardien "autoritaire", "violent", voire "tortionnaire" de prisonniers.

Sévices physiques et tortures psychologiques

A la barre, les deux hommes ont raconté leur captivité et les sévices que leur faisaient subir Nemmouche et les autres djihadistes de l'EI. "Nos nuits étaient rythmées par le bruit des tortures", ont raconté les deux hommes. Didier François a expliqué qu'il avait été transféré comme otage du Front al-Nosra dans l'hôpital ophtalmologique d'Alep avant d'être transféré dans les geôles des services secrets de l'Etat islamique. C'est là qu'il raconte avoir rencontré Nemmouche. 


Le journaliste a affirmé avoir été victime de sévices et d'"une quarantaine de coups de matraque" de la part de l'accusé même si les violences et "tortures" visaient surtout les prisonniers syriens et irakiens. "Ces gens-là nous ont privés de liberté pendant dix mois, mais ce n 'était rien par rapport à ce qu'ils faisaient aux prisonniers syriens", dit-il. Il a raconté qu'un matin, ils avaient "retrouvé un gars égorgé" devant la porte de leur cellule. 


Il a aussi décrit la façon dont les djihadistes les gardaient "sous contrôle". "Le but du jeu, c'était de nous tenir en permanence sous contrôle (...) Le mode de domination, c'était d'être cyclothymique, le même qui va rentrer à un moment pour vous donner un thé va venir le lendemain vous mettre une raclée", a-t-il poursuivi.

"L'accusé était intarissable sur son idole Mohamed Merah"N. Hénin

Nicolas Hénin a raconté que Nemmouche évoquait les grandes affaires criminelles françaises au cours de leur détention. "Il a construit son personnage en fonction du procès". Il décrit Nemmouche comme un "sadique", "narcissique" et "ludique" qui imitait Christophe Hondelatte dans certains épisodes de "Faites entrer l'accusé". Un programme qu'il semblait affectionner. "L'accusé était intarissable sur son idole Mohamed Merah, le plus grand homme que la France ait connu selon lui", a souligné l'ex-otage. 


Ils ont également détaillé certains moments de leur détention. "Les otages étaient tirés jusqu'à l'extrémité d'un couloir, sur une trentaine de mètres. Toutes les autres pièces étaient des cellules. Nous avions cinq minutes pour faire nos besoins", a détaillé Nicolas Hénin.  "La tournée que nous redoutions le plus étaient celle du soir, car les djihadistes européens étaient revenus", a expliqué Nicolas Hénin. "Les coups pleuvaient" et les tortures "commençaient dans la pièce en face de notre cellule." Les victimes étaient des Syriens, qui hurlaient toute la nuit. 

Interrogé par le parquet, Nemmouche a refusé de dire s'il connaissait les deux hommes. Ces témoignages interviennent à un moment clé du procès, alors que la défense de Nemmouche est fragilisée. En effet, les experts se sont succédé à la barre pour battre en brèche les doutes concernant les preuves, soulevés par les conseils de Nemmouche (ADN sur la porte du musée, empreintes sur les armes, etc.). Et puis la semaine dernière, la cour d'assises a visionné pendant de longues heures les vidéos de l'accusé en garde à vue après son arrestation à Marseille six jours après la tuerie.


Elles montrent un homme goguenard, arrogant avec les enquêteurs, une image ne collant pas du tout avec celle d'un suspect "accusé à tort", a souligné l'accusation. Car le djihadiste de 33 ans, délinquant multirécidiviste radicalisé en prison, nie le quadruple assassinat qu'il est accusé d'avoir perpétré au Musée juif le 24 mai 2014, peu après son retour de Syrie.

De leur côté, les avocats de Mehdi Nemmouche ont dénoncé "une manoeuvre", "un procès dans le procès", alors que la séquestration fait l'objet d'une procédure distincte en France, dans laquelle le djihadiste a été inculpé fin 2017.

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