"Les établissements pénitentiaires sont des cercueils ambulants" : deux prisons encore bloquées après l'attaque de Condé-sur-Sarthe

Terrorisme

PROTESTATION - La mobilisation des syndicats de surveillants a perturbé de nombreux établissements pénitentiaires, mercredi matin, en solidarité avec les deux agents poignardés mardi par un détenu radicalisé, à la maison centrale de Condé-sur-Sarthe, près d'Alençon (Orne).

Ils sont en colère. Après l'agression de deux surveillants de prison poignardés et grièvement blessés par un détenu radicalisé à la maison centrale de Condé-sur-Sarthe (Orne), mardi 5 mars, des syndicats ont bloqué de nombreux établissements pénitentiaires mercredi. Seuls deux établissements (Condé et Rouen) restaient bloqués à la mi-journée, selon l'administration pénitentiaire. Mais, en début de matinée, 18 prisons étaient bloquées puis dix un peu avant 11H00.

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"Il y a 130 personnes devant, tout est bloqué et personne ne rentre, la police, le personnel de direction, seule une infirmière a pu entrer", a affirmé Emmanuel Guimaraes, délégué national FO, devant l'entrée de la prison de Condé-sur-Sarthe. "C'est un mouvement illimité. L'émotion est très forte car ça faisait longtemps qu'on disait que ça allait arriver."

Mardi soir, deux syndicats avaient appelé à ces blocages : la CGT-Pénitentiaire et FO-Pénitentiaire. L'UFAP-Unsa a appelé à une "journée d'action d'envergure le jeudi 7 mars" et "soutient toutes les actions qui seront engagées" ce mercredi.

Les établissements de Marseille, Rouen, Melun, Fleury, Roanne, Aiton, Riom, Muret, Perpignan, Borgo, Nice, Aix, Draguignan, Toulon, Salon et Tarascon ont aussi bloqués dans la matinée, selon nos informations. Des rassemblements ont lieu devant les établissements de Saint-Maur, Besançon, Rennes, Val-de-Reuil, Liancourt, Grasse, Vendin-le-Vieil, Paris La Santé, Foix, Argentan, Fresnes, Chalons-en-Champagne, Béziers, Amiens, Bapaume, Muret, Orléans et Laon. 70 établissements ont constaté des retards au moment des prises de services, selon l'administration.

"Ce n'est pas une agression, c'est un attentat", a affirmé devant la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), ce mercredi matin, le délégué FO Thibault Capelle. "Voilà ce que c'est qu'un établissement pénitentiaire en France aujourd'hui : un cercueil ambulant". L'accès à la plus grande prison d'Europe a été barré par des militants de syndicats pénitentiaires, et environ 200 

personnes étaient bloquées mercredi matin. "Les collègues veulent aller bosser mais on ne les laisse pas, on ne les envoie pas dans un mouroir", a déclaré Thibault Capelle. La prison a été débloquée en milieu de matinée par les forces de l'ordre.

Selon Yoan Karar, secrétaire général adjoint FO, majoritaire, "il y a à peu près 80% des établissements mobilisés" et "les revendications portent sur la sécurité et les salaires. Il faut une revalorisation salariale car la grosse problématique, c'est qu'on n'arrive pas à recruter. Le problème, c'est que le métier n'est pas attractif."

"Ce n'est plus possible, on veut éviter que quelqu'un se fasse tuer mais au gouvernement, ils s'en moquent", a affirmé le responsable du syndicat FO pénitentiaire à Borgo, Stéphane Canuti, annonçant que la mobilisation se poursuivrait jeudi, vendredi, "tous les jours". Dans cette prison corse, "le directeur est sorti avec la liste de ceux qui devaient travailler et les a sommés de rentrer, ce qu'ils ont fait", a indiqué à l'AFP M. Canuti.

Le précédent de Vendin-le-Vieil

Pour comprendre la colère des surveillants, il faut remonter à l'année dernière : le 11 janvier 2018, un détenu djihadiste avait agressé un surveillant de Vendin-le-Vieil, prison ultra-sécurisée du Pas-de-Calais, lançant un mouvement de protestation de trois semaines dans les prisons françaises. Ce conflit social, le plus important depuis un quart de siècle, avait pris fin après la signature par l'UFAP-Unsa, alors principal syndicat de surveillants de prison, d'un accord avec le ministère de la Justice. 

"Nous, on appelle surtout aujourd'hui à l'application (de l'accord) de 2018, qui prévoyait que les personnels soient équipés de gilets pare-lames, ce que les collègues de Condé-sur-Sarthe n'avaient pas", avait affirmé le secrétaire national de l'UFAP-Unsa, Wilfried Fonck. 

Dès le mardi après-midi, des surveillants ont retardé leur prise de service, en soutien aux deux agents poignardés dans le centre pénitentiaire de haute-sécurité de Condé-sur-Sarthe. Ces retards, de "quinze minutes" en moyenne, ont concerné "une vingtaine d'établissements", sans incidence sur le fonctionnement des prisons, avait indiqué la direction de l'administration pénitentiaire. 

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