Daniel Mangeas, l'ancienne "voix du Tour de France" : "La retraite, c'est pour ceux qui ont travaillé, moi je me suis amusé toute ma vie"

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INTERVIEW - Pendant plus de 40 ans, il a commenté le Tour de France pour le public présent sur les courses. Daniel Mangeas, l'ancien speaker de la Grande Boucle, a beau avoir quitté son poste en 2014, il n'en demeure pas moins un amoureux de la petite reine. Il revient sur cette carrière hors du commun pour LCI.

Daniel Mangeas, c'est "la voix du Tour". Une voix unique, reconnaissable parmi des milliers. À la fois journaliste et commentateur, le speaker officiel de la Grande Boucle a bercé les passionnés de cyclisme au son de son timbre éraillé. En 2014, après 876 étapes de la petite reine au compteur et 41 années de bons et loyaux services, le Normand a d'un commun accord avec ASO (Amaury Sport Organisation) pris la décision de se retirer de la Grande Boucle, arrêtant aussi de commenter Paris-Roubaix, le Dauphiné Libéré et Paris-Nice. 


Il a ainsi pu prendre ses premières vacances estivales depuis 1973 dans sa Normandie natale. Mais l'homme au micro n'a pas complètement coupé, et continue de suivre et commenter des courses comme les "4 Jours de Dunkerque". Encyclopédie vivante de la caravane du Tour, il revient pour LCI sur cette expérience hors du commun.

LCI : Daniel, vous étiez le speaker du Tour. Vous avez arrêté de commenter la Grande Boucle en 2014 après 41 années. Trois ans après, que devenez-vous ?

Daniel MANGEAS : J'ai arrêté cette collaboration au bout de 41 ans. J'étais la voix unique du Tour de France, ça a beaucoup marqué. Je faisais aussi toutes les courses professionnelles sur le territoire français, les 4 jours de Dunkerque, le Critérium de Lisieux, le Tour de l'Ain... Mais en arrêtant, je ne voulais pas une rupture totale. La retraite, c'est pour les gens qui ont travaillé. Moi, je me suis amusé toute ma vie. C'est un métier passion. Aujourd'hui, je continue à commenter les courses non organisées par ASO avec passion et professionnalisme.

LCI : On dit que vous travaillez avec un petit carnet dans lequel vous inscrivez le palmarès de chaque coureur. Est-ce toujours le cas ?

Daniel MANGEAS : Je continue à travailler de la même manière. C'est une méthode que j'utilise depuis plus de 40 ans. Par exemple, à la lettre A, je note Alaphilippe Julian. À la lettre D, Démare Arnaud. On m'a toujours dit que pour retenir les choses, il faut les écrire. Vous savez, je pars souvent dans tous les sens en pensant à dix choses en même temps. C'est une façon de ne pas oublier. Et ça marche plutôt bien.

LCI : Comment en êtes-vous arrivé à devenir la voix officiel du Tour de France ?

Daniel MANGEAS : C'était en 1974. J'avais 25 ans, je conduisais la voiture-information. Albert Bouvet, qui était le directeur du Tour à l'époque, m'a demandé de remplacer au pied levé le speaker qui était tombé en panne de voiture. On m'a dit : "Tu vas commenter l'arrivée à Saint-Lary-Soulan (ndlr : dans les Pyrénées)". Ce jour-là, c'est Raymond Poulidor qui remporte l'étape. Le soir, je me suis dit : "Si je ne commente plus, ce n'est pas grave. J'ai déjà vécu quelque chose d'exceptionnel." Quarante ans après, on y est retourné. En quelque sorte, la boucle était bouclé. Peu de personnes ont la chance de faire ce qu'ils avaient envie quand ils étaient gamins. Et puis raconter le passage du Tour de France dans mon village le 14 juillet 2002 (ndlr : il est originaire de Saint-Martin-de-Landelles, dans la Manche), c'était exceptionnel. Ma vie est un rêve éveillé.

LCI : Le Tour de France "roule" dans vos veines. Quel est votre premier souvenir sur la Grande Boucle ?

Daniel MANGEAS : C'est un souvenir d'enfance. Le Tour passait pas trop loin de chez moi. Il y avait régulièrement des étapes Caen-Saint-Malo ou Caen-Rennes. J'avais 5 ou 6 ans, j'étais entouré d'adultes. J'ai vu tout le monde se lever au passage des coureurs. C'était écran total. Je me souviens juste avoir vu Yvette Horner sur la caravane. Mais c'était un grand moment, j'étais venu pour vivre ça.

Henri Anglade, l'idole de mon enfanceDaniel Mangeas

LCI : Parlons-en de la caravane du Tour. Vous avez vécu à son rythme pendant plus de 40 ans. Qu'est-ce que vous avez vu changer au fil des années ?

Daniel MANGEAS : Ça a beaucoup évolué. À mes débuts, lors de la présentation des coureurs le matin, ils faisaient la queue devant une caravane et passait la main par la fenêtre pour signer la feuille de départ. Aujourd'hui, c'est plus spectaculaire. Beaucoup de choses ont aussi été faites pour le public, même si déjà à mon époque, les caravaniers redoublaient d'ingéniosité pour présenter le véhicule le plus attractif.

LCI : On vous sait proche des coureurs. Entretenez-vous encore des liens avec eux ?

Daniel MANGEAS : Il y avait une certaine copinerie. Une amitié réelle. À l'époque, j'étais un père pour eux. J'ai arrêté avant de devenir un grand-père. Aujourd'hui, j'entretiens encore des relations. Je suis avec eux à l'année sur les autres courses. Hormis sur Paris-Nice, Paris Roubaix ou le Tour, le lien entre les coureurs et moi est continu. J'ai plaisir à les voir encore, hormis certains qui ont un calendrier plus à l'étranger. Je vois toujours Bernard Thévenet, Bernard Hinaut, Stephen Roche et Raymond Poulidor. Je croise aussi Henri Anglade, l'idole de mon enfance. C'est extraordinaire de pouvoir côtoyer celui qui vous a fait rêver quand vous étiez petit.

Ce Tour de France n'est pas jouéDaniel Mangeas

LCI : Vous avez été impartial pendant plus de 40 ans dans votre cabine de commentateur. L'êtes-vous toujours aujourd'hui en tant que spectateur du Tour ?

Daniel MANGEAS : Auparavant, sur le Tour, j'étais obligé de respecter une neutralité totale. Mais aujourd'hui, habitant la région du Mont-Saint-Michel, je regarde avec empathie les coureurs français. Je suis un peu plus patriote. Je suis vraiment concentré sur la manière de courir. C'est une autre façon de vivre la course.

LCI : Ils sont sept à pouvoir ramener le maillot jaune sur les Champs-Élysées, à Paris. Les deux étapes dans les Alpes vont-elles servir de juges de paix ?

Daniel MANGEAS : Ce Tour de France n'est pas joué. On devine ceux qui vont le perdre mais ce n'est pas une science exacte. C'est une épreuve exigeante. Elle se gagne souvent à la régularité et à la résistance. Et ce sera encore plus le cas cette année. Il ne faudra pas crier victoire trop tôt. Les Alpes, ça va peser lourd.

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