"Dormir dans un bateau, c’est comme être dans un Hummer..." : Comment les skippers vont quand même essayer de se reposer pendant le Vendée Globe ?

VENDEE GLOBE

VOILE – Particulièrement éprouvant pour le corps et l'esprit, la plus grande course au monde, dont le grand départ aux Sables d’Olonne est prévu dimanche, se joue aussi sur la capacité à pouvoir trouver (un peu) le sommeil malgré les circonstances parfois extrêmes de navigation. Les concurrents nous racontent.

Conrad Colman (32 ans, néo-zélandais – 100 % Natural Energy) :

"Le sommeil et la gestion de soi-même, c’est quelque chose qui s’apprend. Il faut avoir confiance en la machine pour qu’on puisse laisser le bateau faire la route tout seul quand on fait une sieste. Quand j’ai commencé mes premières courses, je n’avais qu’un minuteur de cuisine qui me servait de réveil et je le cachais dans le capuchon de ma veste ! Mais une fois j’étais tellement crevé que j’ai dormi 6 heures d’affilée et je me suis retrouvé au sud de l’Espagne au milieu des cargos. Donc il faut savoir maitriser ce paramètre. Je préfère enchaîner les petites siestes de 20-30 minutes pour que je me sente plus en contact avec les conditions. Comme ça j’enchaîne 5 h-5 h 30 par jour de sommeil."

Alan Roura (23 ans, suisse - La Fabrique) :

"Le sommeil, c’est assez rigolo. Il y a des gens qui sont formatés, qui ont suivi des cours… Et d’autres où c’est naturel, on écoute son corps. Je fonctionne de cette manière. Mon corps me dit que je suis fatigué, donc dans ce cas-là je me dis 'Alan, va te coucher un moment'. Me concernant, ça fonctionne, mais seulement la nuit. Je n’arrive pas à dormir le jour. Donc c’est sûrement un défaut assez chiant, car c’est certainement agréable de pouvoir fermer l’œil en pleine journée. Quoi qu’il se passe autour, je vais réussir à dormir, parce que si on attend que le bateau soit à plat et qu’il n’y ait pas de bruit, c’est impossible. Dormir dans un bateau, c’est comme si on était dans un Hummer avec toutes les vitres ouvertes, avec la tôle qui tremble tout en roulant sur des tas de bosses. Et tu dois dormir là-dedans. Donc il faut oublier le bruit, mais pas trop, car il faut rester vigilant."

Si tu te réveilles au bout de 3 heures, au milieu du sommeil profond, t'es cuit et tu te reprends toute ta fatigue"- Louis Burton

Louis Burton (31 ans, français - Bureau Vallée) :

"On est habitué à dormir la nuit, et il faut essayer de casser ça dès que l'on démarre une course. Dès que tu as réussi à casser ce rythme, le sommeil est aussi bon le jour que la nuit, l'organisme est capable de supporter ça. Mais il faut accumuler un maximum de sommeil par 24 heures tout en étant le moins impactant sur la stratégie et la performance. Pour cela, il faut raccourcir les laps d'endormissement. Du coup, le bateau aura moins de chances de changer de direction, que le vent ne soit plus bon... Le plus important, c'est de dormir avant d'être dans le rouge. Et ça, c'est pas forcément facile. Ensuite, tu ne dois pas dépasser un certain temps d'endormissement, car si tu te réveilles au bout de 3 heures, au milieu du sommeil profond, t'es cuit et tu te reprends toute ta fatigue."

Tanguy de Lamotte (38 ans, français - Initiatives Cœur) :

"On est obligé de dormir un minimum, sinon on commet des erreurs. Moi je me fixe entre 5-6 heures de sommeil par 24 heures, mais ce n’est jamais plus d’une heure et demie à la fois. Sur cette durée, ça permet de faire un cycle de sommeil complet et on s’y habitue. Il n’y a pas vraiment d’entraînement pour ça, l’objectif c’est juste de partir avec le maximum de réserves de sommeil. Les premières nuits étant généralement intenses, on se retrouve vite en manque et on arrive à s’endormir assez vite. Le rythme est pris au bout de 2-3 jours, c’est calé."

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