Vendée Globe 2016 : où sont les femmes ?

VENDEE GLOBE

VOILE - Hasard du calendrier ou déclin de la mixité au plus haut niveau, l'absence de skipper féminin au départ de l'édition 2016 du Vendée Globe, le tour du monde en solitaire et sans escale qui prend le large le 6 novembre prochain, questionne fortement le milieu de la voile et son public.

Une triste première. Si les cinq précédentes éditions de la course avaient habitué le public à la présence d'une ou deux femmes, le huitième "Everest des mers" n'en comptera aucune, malgré le nombre quasi record de participants (29). Seule l'Espagnole Anna Corbella s'était préinscrite. "Quand j'ai vu qu'il n'y avait pas de femmes, je me suis dit qu'on ne pouvait pas laisser partir un Vendée Globe sans femme", a-t-elle confié à l'AFP. Mais la navigatrice a dû abandonner, faute d'avoir pu réunir un budget minimum de 700.000 euros... 

La faute aux nouveaux foils, à la frilosité des sponsors ?

Du côté du directeur de la course, Jacques Caraës, pour expliquer cet état de fait, on incrimine donc le hasard : "Il n'y a aucune contrainte particulière de jauge cette année", explique-t-il. Et si cette édition marque l'arrivée de bateaux à foils "qui sollicitent davantage les skippers physiquement", ce facteur n'explique pas selon lui l'absence de femmes, "la voile nécessitant d'abord de la stratégie et pas seulement de la force". Les femmes auraient-elles alors plus de mal à trouver des sponsors, comme semble le montrer le cas Corbella ? De l'avis des professionnels, il n'en est rien. 

La Volvo Ocean Race limite le nombre d'hommes par équipage...

Selon la Britannique Dee Caffari, 6e du Vendée Globe 2008, trouver un sponsor reste "difficile pour tous les marins, homme et femme, surtout après le Brexit". Même son de cloche pour Alain Gautier, vainqueur en 1992, qui estime même que "la proportion de skippers hommes qui trouvent des budgets est inférieure à celle des femmes". Pas de sexisme, donc, comme le confirme Sam Davies, sans doute la navigatrice la plus attendue après deux participations, qui rejette quant à elle la faute sur un "mauvais concours de circonstances" et "un manque de temps pour préparer le Vendée Globe", après sa participation au dernier Volvo Ocean Race en 2015 (tour du monde en équipage avec escales). 

Pourtant, certains pointent clairement un manque de mixité dans la voile de haut niveau. "Nous sommes entre deux générations et il n'y a pas eu beaucoup de renouvellement après la génération Autissier, Chabaud, MacArthur", souligne Didier Ravon, journaliste à Voiles et Voiliers. Même constat pour la navigatrice Isabelle Joschke : "Depuis dix ans que je fais de la course, rien n'a changé. La participation des femmes est toujours aussi faible". Et celle qui a notamment pris part à plusieurs reprises à la solitaire du Figaro à plusieurs réprises d'élargir le débat en estimant qu'il s'agit d'un "problème de société", car, "souvent, les filles courent puis disparaissent du circuit quand elles sont en âge d'avoir une famille"... Pour éviter cet écueil et se retrouver sans femme au départ, les organisateurs de la Volvo Ocean Race ont d'ailleurs annoncé cette semaine que le nombre d'hommes dans les équipages serait limité à 7. À quand des places réservées pour les navigatrices au Vendée ?

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