Vendée Globe : stress et immense bonheur, Louis Burton nous raconte son premier cap Horn

Vendée Globe : stress et immense bonheur, Louis Burton nous raconte son premier cap Horn
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VOILE – Parti des Sables d’Olonne pour un tour du monde en solitaire, sans assistance ni escale, sur son bateau Bureau Vallée, Louis Burton (actuellement 7e) vous fait vivre cette incroyable aventure de l’intérieur. Régulièrement, le jeune navigateur parisien (31 ans) partage sur LCI.fr ses impressions et son quotidien durant ce Vendée Globe 2016. Et mercredi, il a franchi pour la première le mythique cap Horn.

"C'est un moment inoubliable dans la vie d'un marin : le premier passage du Cap Horn. Pendant des années, il a été un point de passage crucial des routes commerciales avant la création du canal de Panama. Au menu, souvent, tempêtes fortes avec une mer déchainée, présence possible d'icebergs voire de vague scélérate. Beaucoup de marins y ont laissé la vie, c'est un des passages les plus difficiles au monde. Ça met la pression ! 

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Presque 2 mois que j'ai quitté la France, 59 jours en solitaire (Louis a écrit ce passage jeudi, ndlr), avec mon lot de galères et de moments de plaisir, de baisses de moral et de belles découvertes. J'arrive donc aux abords de ce cap, plutôt en forme après un océan Pacifique sans de gros pépins. Juste mes pilotes automatiques qui ont été un peu capricieux hier (mercredi, ndlr). Ralentissement quelques heures avant le passage. La pression continue à monter. Pour la première fois depuis le départ, je suis dans un état de stress avancé, ça mouline pas mal dans ma tête. Pour rien arranger, je navigue au près, je rencontre les conditions les plus inconfortables depuis le départ. 

Mercredi 4 janvier, 7 h 50. Je franchis le cap Horn, je vois la terre, c'est dingue ! Le stress est tout de suite effacé par l'immense bonheur que je ressens"Louis Burton

 Ce sera donc ça mon premier passage : une bonne dose de stress, la terre qui se rapproche, les cailloux avec, une mer difficile mais un Bureau Vallée solide, j'ai confiance. Après une longue attente, la délivrance. Mercredi 4 janvier, 7 h 50. Je franchis le cap Horn, je vois la terre, c'est dingue ! Le stress est tout de suite effacé par l'immense bonheur que je ressens. Un peu de fierté, beaucoup de joie. Je pense à mes proches, à leurs mots qui m'ont porté pour arriver jusque-là. Une longue pensée à mon père qui était marin aussi et qui m'a donné le goût de sa passion. J'espère qu'il a tout vu de là-haut. Je suis désormais, à 31 ans, 'cap-hornier'! Il faut savourer l'instant, mais la fatigue et le stress prennent vite le dessus. 

Une petite sieste et ça repart... Au menu, le passage du détroit de Le Maire. C'est pas très large, à peine 16 milles. Heureusement, le vent a basculé dans le bon sens, ça va vite. En plein dans le détroit, mon gennaker (la voile d'avant, ndlr) a la mauvaise idée de se dérouler partiellement, je suis à près de 20 nœuds, c'est chaud, encore une montée de stress et de fatigue pour le ramener. Sortie de Le Maire. Là, je m'offre une vraie sieste. Au réveil, j'ouvre les yeux, je réalise. C'est le chemin du retour, la remontée de l'Atlantique, le retour à la maison. La route reste encore longue bien sûr, mais après 60 jours en mer, je peux vous dire que j'ai hâte de franchir cette ligne d'arrivée. 

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J'essaie de pas trop y penser, je reste concentré sur la course, la préservation de mon bateau et mes objectifs. Au départ, j'en avais deux : finir ce Vendée et être dans les dix premiers. Comme j'aime me challenger, je me suis donné un nouveau défi : battre le temps de 'Mich Desj' (Michel Desjoyeaux), qui a bouclé son tour du monde en 84 jours en 2008. Je suis un peu en retard sur lui, mais si j'en crois les fichiers météos, ça va plutôt être en ma faveur jusqu'au Pot au Noir. Ça tombe bien, j'étais pas contre un p’tit coup d'accélérateur. Une fois arrivé dans le Pot, on verra bien. Mais pour l'instant, c'est quand même le bonheur. 

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