Louis Burton : "Dans mes rêves les plus fous, j'aimerais finir devant les bateaux de ma génération"

VENDEE GLOBE
VENDÉE GLOBE - Quatre ans après son abandon précoce au Vendée Globe 2012, Louis Burton (Bureau Vallée) aborde son nouveau tour du monde à la voile avec de belles ambitions. Alors que les 29 skippers se sont élancés ce dimanche midi, le marin de 31 ans nous avait reçu aux Sables d'Olonne quelques jours avant le grand départ pour nous raconter sa préparation.

LCI : Dans quel état d’esprit abordez-vous ce nouveau Vendée Globe, le second de votre carrière ?

Louis Burton : Ça se passe très bien. J'ai même envie de dire que je suis assez serein. Après, il y a tellement d'imprévus qu'il ne faut pas non plus s'avancer. Mais on a atteint un niveau de préparation que l'on n'avait pas il y a 4 ans et c'est ce qui me permet d'arriver confiant. Je navigue avec ce bateau depuis un moment, donc les repères sont bons. C’est monté crescendo depuis quelques semaines et ça peut vite devenir fatigant sur la durée. Avant l’été on a l’impression qu’il reste vachement de temps et puis l’été passe à deux cent à l’heure… Du coup, on a du temps pour naviguer et se focaliser sur la préparation météo et stratégique, chose que j’avais fait trois jours avant le départ en 2012.

LCI : Comment prépare-t-on mentalement et physiquement un tour du monde à la voile ?

Louis Burton : D’un point de vue mental, je gère ça tout seul. J’essaye de prendre du plaisir à terre avant la course, c’est important. En ce qui concerne la préparation physique, j’ai un coach qui me suit depuis quatre ans et avec lequel je m’entraîne très régulièrement, particulièrement l’année d’un Vendée Globe. L’idée première, c’est de prendre du poids en muscles déjà, car c’est une épreuve éprouvante lors de laquelle on va maigrir. La nutritionniste pense que je vais perdre entre cinq et dix kilos. J’ai déjà vécu une transat où ça s’était mal passé au niveau alimentaire avec des problèmes de gaz pour faire chauffer l’eau et les plats lyophilisés et j’étais arrivé en carence de vitamine C… Donc je n’ai pas encore l’expérience d’une course 80 jours mais si je me retrouve dans une pareille situation, ça peut devenir grave. Et puis à côté de ça on a des tests médicaux bien spécifiques.

LCI : Justement au niveau de l’alimentation, savez-vous déjà en avance ce que vous allez manger durant la course ?

Louis Burton : Oui, je sais ce que je veux, je me fais des sachets journaliers et on définit précisément avec la nutritionniste le moment où je dois manger tel ou tel aliment lors de la course et en quelle quantité. Et surtout ce qu’on va mettre comme aliments pour répondre à des besoins en calories. Typiquement, on a quatre repas par 24 heures. Moi je suis très spaghettis bolognaise, riz au curry, des choses assez simples. En revanche, j’évite le risotto au poisson par exemple (rires). On peut prendre des compléments de vitamine mais aussi ce qu’on appelle des sachets de grignotage où on a des amandes, des cacahuètes. C’est facile à manger et c'est bourré en calories.

LCI : Vous avez prévu un repas spécial pour le 25 ou 31 décembre, au moment des fêtes ?

Louis Burton : Je n’y ai pas encore pensé personnellement car je sais que ma mère et ma belle-mère vont s’en occuper pour moi et elles vont me gâter. Mais je me verrais bien faire un petit foie gras avec une bouteille de rouge histoire de marquer le coup.

Quand on est dans une compétition serrée avec d’autres mecs, on ne rencontre pas forcément ce problème de solitudeLouis Burton

LCI : Pendant ces 80 jours de course, vous allez forcément vivre des jours plus délicats que d’autres. Comment arrive-t-on à gérer cette solitude et l'éloignement ?

Louis Burton : Au bout d’une dizaine de jours, tu commences à rentrer dans une certaine routine, et moi je ressens le besoin d’avoir plus de nouvelles de la terre. A la fois, c’est bon signe, car ça veut dire que tu rentres dans la routine, mais d’un autre côté c’est inquiétant car ça veut également dire que tu penses à autre chose que la course. Quand ce scénario arrive, il faut tout de suite se replonger sur l’aspect sportif. Mais globalement, quand tu es dans une compétition serrée avec d’autres mecs, tu ne rencontres pas forcément ce problème de solitude. Le risque, en revanche, c’est d’y être confronté quand les distances se rallongent entre ton concurrent direct et toi, ça peut être démotivant. Mais la course est tellement longue… Il ne faut rien lâcher.

LCI : Comment allez-vous garder le contact avec vos proches durant la durée de la course ?

Louis Burton : Au niveau de la famille, l'idée ça sera d'envoyer des vidéos à mes enfants, même s'ils sont encore petits. Je le ferais quand il y aura beau temps, que ce sera cool sur le bateau. Sinon ça nourrit des angoisses, d'autant que les parents des enfants qui sont à l'école et qui suivent la course vont en parler et dire que tel ou tel skipper a coulé... Donc il faut faire attention. Et puis sinon on évite le téléphone satellitaire qui déforme la voix.

LCI : Même si vous êtes encore un jeune skipper (31 ans), quel est aujourd'hui votre meilleur souvenir en course ?

Louis Burton : Il y en a plein ! Mais lorsque j'ai terminé 5e de la Route du Rhum 2014, c'était vraiment un moment fort car c'était ma première longue course en solitaire depuis mon abandon au Vendée Globe en 2012 (NDLR : il avait percuté un chalutier après 5 jours de course) . Quand je suis arrivé, j'étais vraiment heureux et ça m'a remis en confiance par rapport à la faisabilité d'une course en solo sans qu'il y ait de galères.

Cette année j'ai demandé à pas mal de gens de me faire leur playlist de musiqueLouis Burton

LCI : D'une certaine manière, cet abandon vous a également permis de vous remettre en question...

Louis Burton : Complètement. Je venais de démarrer chez les pros à cette époque et tout se goupillait super bien. Mais quand tu es confronté à un accident de ce type, tu abordes les choses avec beaucoup plus d'humilité par la suite.

LCI : Votre objectif sur ce Vendée Globe 2016, ce sera avant tout de terminer la course ?

Louis Burton : Oui c'est clair. Et puis j'aimerais, dans mes rêves les plus fous, finir devant les bateaux de la génération 2008. Les bateaux à foils et même les bateaux de la génération 2012 sont vachement difficiles à toucher, ils ne vont pas à la même allure.

LCI : En 2012, vous aviez emmené une playlist en cas de gros coup de mou sur le bateau. Vous avez prévu la même chose pour cette année ?

Louis Burton : Oui, mais je le fais un peu différemment cette fois-ci. Cette année j'ai demandé à pas mal de gens de me faire leur playlist de musique idéale pour accompagner la mienne. Sachant que j'écoute toujours un peu la même chose, j'ai envie de découvrir de nouveaux univers que je ne connais pas forcément. D'autant que la musique que l'on écoute, c'est un bon indicateur de personnalité.

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