"Charge mentale maternelle" : elles dénoncent sur Instagram les pressions subies autour de la maternité

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PRÉJUGÉS - Toutes les femmes subissent un jour ou l'autre des remarques autour de leur envie (ou pas) d'avoir des enfants. C'est ce que la journaliste Fiona Schmidt appelle "la charge mentale maternelle". Une pression dont les femmes n'ont parfois même pas conscience, et qu'elle a décidé de dénoncer à travers un compte Instagram : "Bordel de mères".

"Une vie sans enfant, c’est tellement triste…", "on ne peut pas priver un homme du bonheur d’être père", "trouve un mec avant de parler d’enfants", "tu as 35 ans, après il sera trop tard", "Ah bon, tu l’allaites pas ?"... Quelle femme n'a jamais, un jour ou l'autre, entendu ce genre de remarques ? Pour la journaliste et auteure, Fiona Schmidt, vous venez peut-être de subir votre première salve de "charge mentale maternelle". Et soyez-en sûr, il y en aura d'autres...


C'est pour dénoncer cette somme de pressions et de préjugés au sujet de la maternité que la jeune femme a décidé de créer le compte Instagram "Bordel de mères", avec un seul mot d'ordre : "Lâchez-nous l'utérus". "J’ai remarqué que la question de la maternité est de plus en plus clivante alors qu’elle est paradoxalement censée aller de soi, preuve que la maternité n’est pas si 'naturelle' qu’on nous le fait croire, et que 'l’instinct maternel' n’est pas tatoué dans l’ADN de toutes les femmes...", a-t-elle déclaré à Cheek Magazine pour expliquer comment lui est venue l'idée de ce projet. 

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VIDÉO - Après la charge mentale et émotionnelle, c'est quoi, au juste, la charge sexuelle ?

Résultat, son compte, lancé le 13 avril, fourmille déjà de témoignages de femmes sur cette autre forme de charge mentale : pas celle que l'on subit quand on a trois enfants à charge et un mari qui ne sait pas où se trouve le bouton du lave-linge. Non, non, celle, plus insidieuse, qui touche les femmes qui ne veulent pas d'enfant, ou qui ont eu recours à l'IVG, ou encore qui rencontrent des problèmes d'infertilité et qui subissent la pression de leur entourage. 

On est conditionnée à devenir maman avant même de savoir parler, avant même de vouloir être astronaute ou le plus souvent, princesse ou danseuse étoile.Fiona Shmidt, journaliste et auteure

Selon Fiona Schmidt, toutes les femmes sont concernées, et ce dès le plus jeune âge : "Toutes celles à qui l’on colle un poupon, une poussette et un berceau pour 'jouer à la maman' et qui, dans la cour de l’école, jouent à 'comment tu appelleras tes enfants plus tard ?', autrement dit, 99,9% des petites Françaises… On est conditionnée à devenir maman avant même de savoir parler, avant même de vouloir être astronaute ou le plus souvent, princesse ou danseuse étoile : comment échapper à cette pression dont on n’a même pas conscience que c’en est une ?", s'interroge-t-elle. 


Quoi de mieux pour illustrer son propos que ce témoignage que l'on découvre sur le compte Instagram "Bordel de mères", celui de cette femme que ses parents ont envoyé consulter un pédopsychiatre à l’âge de 8 ans car ils ne comprenaient pas pourquoi elle n’aimait pas "jouer à la maman!"

Et que dire des femmes qui ne veulent pas d'enfant ? "Le fait qu’une femme CHOISISSE de ne pas en faire alors qu’elle a tout le matériel nécessaire (un amoureux merveilleux hyper partant pour se reproduire, un utérus en pleine forme, des conditions matérielles suffisantes, un arsenal de gynécos/maternités/nounous/crèches/écoles à proximité…) est plus qu’un sujet : c’est un tabou dans le pire des cas, un problème dans le meilleur, et le plus fréquent", écrit Fiona Schmidt dans sa newsletter #TGIFiona.


Avec à la clé des injonctions du type : "Immature", "Egoïste", "T'es lesbienne ?", "Mais qu'est-ce que tu vas devenir ?"...  qui entraînent forcément au bout du compte une forme de culpabilité : "les mères culpabilisent parce qu’elles auront forcément failli quelque part, puisque l’équilibre des enfants, donc de la société tout entière, dépend d’elles depuis Freud, ce grand féministe, et les nullipares culpabilisent d’être peut-être passées à côté de ce truc fondamental avec lequel on les a tannées toute leur vie", poursuit l'auteure.

Des préjugés qui pèsent également sur les femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfant,  les femmes qui ont recours à une IVG, les femmes qui veulent faire un enfant seule, les femmes homosexuelles, qu’elles soient en couple ou pas, les mères célibataires... Ainsi sur Instagram, l'une d'elles raconte une discussion avec une copine après avoir subi une interruption volontaire de grossesse : "Lorsque j'ai dit à ma meilleure amie que j'avais avorté, elle a été choquée et m'a dit : 'mais tu penses à toutes ces femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants ?' Je ne vois pas le rapport entre leur désir de grossesse et mon corps. Depuis on ne se parle plus".

Et oui, le chemin est long pour être "fémininement correcte", comme le dit Fiona Schmidt. "Car il ne s’agit pas simplement d’être mère. Encore faut-il être une 'bonne' mère, selon des critères de plus en plus pesants et culpabilisants… toujours pour les mêmes", conclut-elle dans Cheek Magazine

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