"Il n'y a aucune fatalité" : comment en finir avec les inégalités femmes-hommes dans la répartition des tâches ménagères ?

"Il n'y a aucune fatalité" : comment en finir avec les inégalités femmes-hommes dans la répartition des tâches ménagères ?
Partage des tâches

INTERVIEW - Dans beaucoup de foyers français, les tâches ménagères sont à la charge de la mère. Marie-Laure Monneret, coach experte du sujet, revient sur ces inégalités entre les femmes et les hommes et explique en quoi il est nécessaire de faire bouger les choses.

Selon une nouvelle étude menée par Ipsos pour Ariel*, intitulée "Partage des tâches ménagères à la maison et transmission : regards croisés Enfants-Parents", près de 4 pères sur 10 admettent que dans leur foyer, c’est bien leur conjointe qui en fait le plus. Une réalité que perçoivent les enfants mais qui est finalement assez peu contestée par les garçons. Si chacun se dit, toutefois, prêt à mettre la main à la pâte, les stéréotypes persistent et les tâches ménagères restent genrées. Marie-Laure Monneret, coach experte, décrypte cette étude.  

Comment expliquez-vous que les clichés aient autant la vie dure ?

Les femmes ont investi le monde du travail mais, en même temps, elles sont toujours autant engagées dans le quotidien de leur foyer. Force est de constater que les enfants grandissent en ayant l’image que leur maman s’occupe des trois quarts des tâches ménagères. Même s’ils sont conscients des inégalités et qu’ils trouvent cela injuste (77% chez les garçons, 80% chez les filles), ils se projettent dans l’avenir en reproduisant le même schéma familial.

 

Pourquoi est-ce si difficile de faire évoluer les mentalités ?

Parce que ce sont des croyances bien ancrées. Dans les faits, 49 % des parents interrogés considèrent que les inégalités hommes-femmes dans la répartition des tâches domestiques ne sont plus un problème. Une donnée qu’il convient de pondérer car dans le détail, 59% des hommes, contre 41% des femmes, considèrent que ce n’est plus un problème. En réalité, quand on demande de l’aide aux enfants, on sollicite plus volontiers les filles. Intellectuellement, on sait que ce n’est pas juste. Mais c’est le schéma mental. A noter également que les couples continuent de penser qu’il y a des tâches réservées plus spécifiquement aux garçons ou aux filles. 40 % des couples reconnaissent que les hommes ont plus d’aptitudes naturelles pour le bricolage et que les femmes en ont quant à elles davantage pour les tâches ménagères !

N’est-ce pas trop tard pour faire évoluer les mentalités et pratiques au sein des foyers qui sont déjà bien installés ?

A partir du moment où l’on prend conscience que ça ne fonctionne pas, il n’y a aucune fatalité. Mes clientes sont souvent surprises de voir que les choses peuvent évoluer. Elles se rendent compte des bénéfices que l’on peut tirer en passant à l’action. 

"On parle rarement de l’égalité entre les hommes et les femmes au sein du foyer"

Pour vous, le dialogue au sein d’une famille ou d’un couple est fondamental…

Oui, c’est la clé et le point de départ de tout. Souvent, les femmes se disent : "Mon mari doit bien se douter que j’ai besoin d’aide". Eh bien non. Si on n’exprime pas ce que l’on ressent de manière précise, l’autre ne peut pas se douter de notre besoin. Il ne faut pas partir du principe qu’il va comprendre tout, tout seul. La discussion permet aux hommes de prendre conscience qu’il faut faire évoluer l’organisation. Avec Ariel, nous avons développé des outils qui permettent aux couples de partager les tâches.

Sentez-vous les hommes ouverts ou réfractaires au changement ?
Les hommes sont plutôt ouverts. Dans notre société, on parle d’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde du travail. Globalement, les hommes sont d’accord avec ça. En revanche, on parle rarement de l’égalité entre les hommes et les femmes au sein du foyer. Tant que l’on n’aura pas compris que cela doit se faire dans la sphère personnelle, cela ne pourra pas se faire dans la vie professionnelle. De manière factuelle, si les femmes s’occupent de tout à la maison, elles ne pourront pas s’investir autant dans leur carrière.

Pensez-vous que la prise de conscience puisse passer par les enfants ?
Oui, les enfants ont de l’énergie, ils aiment faire bouger les choses. Seul 55% des parents disent ouvertement à leur enfant que ce n'est pas normal que les filles aident plus que les garçons. La verbalisation aux enfants est loin d'être systématique dans les foyers français. En nouant un partenariat avec l’ADOSEN, une association à but non-lucratif, Ariel passe à l’action pour aider à déconstruire les stéréotypes avec plus de 150.000 interventions dans les écoles françaises. On espère qu’ils feront remonter le message à leurs parents et qu’ils souhaiteront, eux-mêmes, soulager leur mère. Il est essentiel de passer à l’action. Il faut que chacun participe aux tâches ménagères à son niveau. C’est aussi un moyen de rendre les enfants responsables.

*Etude Ipsos "Partage des tâches ménagères et transmission : regards croisés Enfants-Parents » pour Ariel (P&G). Enquête réalisée en ligne du 20 au 26 août 2019 auprès de 500 enfants âgés de 8 à 16 ans, et du 19 au 24 août auprès de 500 parents d’enfants de 8 à 16 ans, selon la méthode des quotas.

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