Peut-on vraiment se libérer de ses ex à l’heure des réseaux sociaux ?

Vie de couple

LOVE 2.0 - C'est une évidence, les réseaux sociaux ont considérablement bousculé les us et coutumes des rapports amoureux. Mais quand deux personnes se séparent, la rupture a-t-elle réellement lieu dans le monde virtuel ?

Selon une étude réalisée en 2012*, 90 % des utilisateurs de Facebook se servent du réseau social afin de garder un œil sur leur ex. Soit une hallucinante proportion d'espions voyeurs au cœur brisé. Difficile, semble-t-il, de s’empêcher de "stalker" - ou traquer - sur les réseaux sociaux celui ou celle qui nous a quitté. "J'ai bloqué mon ex, puis débloqué, puis re-bloqué... Uniquement pour voir si sa photo de profil changeait", confesse ainsi une internaute sur un forum de discussion. 

De l'autre côté de l'écran, les confessions sont encore plus nombreuses. "Mon ex me stalke sur Instagram", assure un internaute. "Elle regarde mes stories deux à trois fois dans la journée. Sur certaines publications, lorsque je figure juste avec une amie, elle scrute aussi les stories de cette fille, persuadée qu'elle est ma petite amie, et ce plusieurs fois dans la journée." 

Cet espionnage en mode Glenn Close dans Liaison Fatale dit aussi la difficulté, pour ne pas dire l'incapacité, de finir "virtuellement" une histoire d'amour lorsqu'on a affiché son couple à la vue des autres sur Instagram ou Facebook. Les traces de ce passé deviennent impossibles à effacer et, pire, elles vous poursuivent. "La dernière fois sur Facebook, une notification m'a envoyée une photo de mon ex et moi enlacés il y a cinq ans, c'était affreux", raconte une internaute, glacée par ce boomerang émotionnel. 

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"Les prochaines générations seront certainement plus vigilantes sur ce point et peut-être même, fantasmons, que les intelligences artificielles aideront certains à mieux gérer leur existence en ligne."- Rémy Oudghiri, sociologue

La flamme a beau être éteinte dans le monde réel, elle luit encore dans le virtuel. Serions nous tous ainsi prisonniers ? "Cette question existentielle digne d'un film de science-fiction a surgi quelques années après l’éclosion des réseaux sociaux, souligne auprès de LCI le sociologue Rémy Oudghiri. C’est l'un des effets imprévus d’Internet : tout d’un coup, les internautes ont réalisé qu’une partie de leur vie était enregistrée à jamais, de façon irréversible." Ce qui crée donc un vrai problème pour les romances révolues...

Anthony Alfont, spécialiste du numérique aux manettes de "Digital for the planet", ONG visant à promouvoir l’écologie 2.0 dans le monde, constate lui aussi que "les réseaux sociaux ne connaissent pas la rupture des couples" : "On peut évidemment supprimer les photos postées, les publications, voire même bloquer un profil, mais le réseau que l’on s’est formé sur ces plateformes nous ramène toujours à un moment donné à la personne que l’on essaye d’oublier." Seule possibilité pour celui qui tente de fuir un passé qui le poursuit : "Effacer temporairement sa 'vie virtuelle' en supprimant tous ses comptes". Mais, ajoute aussitôt l'expert, appuyer ainsi sur "reset" est quasi impossible tant nous sommes devenus dépendants de nos outils numériques.

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"On pourrait presque parler de 'maladie du passé'"

Une lueur d’espoir dans ce tableau sombre ? Après une quinzaine d'années d'utilisation des réseaux sociaux et face à leurs débordements dans nos sphères intimes, force est de constater que "nous commençons à comprendre le piège que ceux-ci représentent pour nos vies privées et nos romances", veut croire Rémy Oudghiri : "On pourrait presque parler de 'maladie du passé' pour décrire le monde dans lequel nous entrons. Pour certains, le passé sera comme le sparadrap du Capitaine Haddock : impossible de s’en défaire. Et donc impossible de se projeter sereinement dans le futur."

Selon lui, nous nous dirigeons vers un "âge de raison". "Un des enjeux du monde de demain, poursuit-il, sera de réussir à faire une réalité du droit à l’oubli", aujourd’hui ankylosé par la pénibilité des démarches. "Les prochaines générations seront certainement plus vigilantes sur ce point et peut-être même, fantasmons, que les intelligences artificielles aideront certains à mieux gérer leur existence en ligne." Comme disait Nietzsche, prophète involontaire de cette tendance : "Nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourrait exister sans faculté d’oubli". Tout est dit.

* Rapportée ici par le Los Angeles Times

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