"On les accueille sans aucune morale" : que signifient nos rêves érotiques ?

"On les accueille sans aucune morale" : que signifient nos rêves érotiques ?

Vie de couple
DirectLCI
NUIT DES ÉROS - Signe d’insatisfaction pour les un.e.s, d’épanouissement pour les autres, le rêve érotique intrigue depuis la nuit des temps. Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsqu'on jubile avec trop d’intensité dans les bras de Morphée ? Nous avons voulu en savoir plus avec un spécialiste du langage du rêve.

Comme vous l’imaginez, les rêves érotiques se révèlent une catégorie à part dans la nébuleuse fantasmatique de nos nuits magiques, surgissant le plus souvent lors du fameux "sommeil paradoxal", phase où les muscles sont relâchés, où les rêves durent plus longtemps, où l'on se souvient de tout. Ou presque. 


Des décennies avant la libération de la parole sur les forums de discussion ("Je suis parvenue à me rendre compte que je rêvais grâce à un rêve érotique", assure ainsi une internaute) et l'apparition de tutos tendance promettant d'apprendre à contrôler un "rêve lucide-érotique", Freud expliquait que le rêve érotique relève simplement de l'accomplissement d'un désir, autorisant l’exploration de toutes les sexualités auxquelles on n'avait jamais pensé (on vous laisse le soin d’imaginer lesquelles). Soit une jolie manière de dire adieu à la censure et aux interdits, qui n’ont évidemment pas la même prise morale que dans notre monde réel. 


Ok, Freud, mais question technique : comment sait-on au réveil que nous avons fait la nuit passée un rêve érotique ? 

Pas seulement un fantasme sexuel

Selon le psychanalyste et écrivain Tristan-Frédéric Moir, spécialiste du langage du rêve, il existe un barème signalétique simple comme bonjour : "A chaque fois que l’homme fait un rêve érotique, il se réveille en érection. Chez la femme, les symptômes viennent de la simple excitation sexuelle. Il est rare que l’on ne se souvienne pas d’un rêve érotique. Les 'pollutions nocturnes' sont précédées d’un rêve dont on se souvient", nous assure-t-il. 


Ne pas imaginer pour autant que le rêve érotique se résume juste à fantasmer que Ryan Gosling ou Eva Mendes vient remplacer votre (au demeurant merveilleux) conjoint.e au lit. Comme le souligne Yannis-John Mercier dans son livre "Rencontre avec des rêveurs remarquables", un rêve érotique peut aussi être défini par la présence d’objets phalliques en référence au sexe masculin, ou galbés en référence aux courbes féminines ("rêver d’un dôme, par exemple, peut être considéré comme un rêve érotique ; le dôme pouvant rappeler la forme d’un sein", écrit-il). 

On accueille les rêves érotiques sans aucun filtre, sans aucune moraleTristan-Frédéric Moir, spécialiste du langage du rêve

Les rêves érotiques mettent en scène "des rêves exutoires qui viennent réaliser des désirs interdits", assure Tristan-Frédéric Moir à LCI. "D’un côté, le rêve avec pénétration qui affirme un manque, suggérant que la libido n’est pas complètement épanouie ; d’un autre côté, le rêve compensatoire, soit des rêves érotiques plus soft et consolateurs : rencontres impromptues, enlacements soudains, baisers langoureux… "


Libres comme l'air, ces songes coquins nous renseignent en langage codé sur les fondements intimes de notre vie. Et ils demandent à être décryptés : "Le rêve ne dit rien au premier degré, il utilise toujours des métaphores, des paraboles. A partir du moment où l’on se souvient d’un rêve, une interprétation est possible, ce qui peut donc permettre de mieux se connaître grâce au rêve." 


Ils transgressent nos tabous, font perdre le sens critique ("On les accueille sans aucun filtre, sans aucune morale" selon les mots de Tristan-Frédéric Moir). Mais les hommes et les femmes sont-ils tous égaux face aux rêves érotiques ? 

Hommes-femmes, mode d'emploi

Selon une étude de l'Insee datant de 2013, 70% des femmes confessent faire des rêves érotiques, contre 80 % des hommes. Mais "les femmes se souviennent mieux de leurs rêves parce qu’elles s’intéressent plus au contenu de l’inconscient et à ses fonctions psychologiques, confie Tristan-Frédéric Moir, dont la patientèle est "majoritairement constituée de femmes". "Il y a des chemins de rêve que l’on va retrouver plus souvent chez les femmes, notamment les rêves de poursuite, de persécution, d'enfermement. Mais s’il y a une menace sexuelle et une angoisse pendant ces rêves, il n’y a pas de sexualité proprement dite."  

Chez les femmes, l’homosexualité est beaucoup moins taboueTristan-Frédéric Moir, spécialiste du langage du rêve

Ô paradoxe : quand un homme rêve d’une belle et charmante inconnue, cela n'exprime pas un désir mais une affirmation de son côté féminin. "La plupart des rêves érotiques que nous faisons sont des rêves de rencontres avec nous-mêmes, avec notre partie opposée, poursuit le psychanalyste. Dans un rêve hétérosexuel, l’autre que l’on met en scène est une partie de soi avec laquelle on se conjugue, on communie. Soit une rencontre intérieure, la part masculine et féminine que chacun possède en soi".


Quid du rêve érotique à caractère homosexuel ? "Plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, il traduit, plus qu'un désir pour le sexe opposé, une acceptation de sa propre nature, de l’amour de son propre genre. Les hommes censurent plus l’homosexualité dans leurs rêves : elle y est très fréquente mais l'homme ne l’autorise pas facilement. Il peut y avoir un phénomène de censure et Il faut voir pourquoi cet exutoire dérange. Chez les femmes, l’homosexualité est beaucoup moins taboue." 

Aujourd’hui, la parole s’avère plus aisée et dans mon cabinet, quand je reçois une patiente, elle m’en dit plus sur son rêve érotique que ce que j’en attends. Tristan-Frédéric Moir, spécialiste du langage du rêve

Et quand on rêve d’infidélité (un rapport sexuel avec un.e autre alors qu'on est couple) ? Dans Les rêves érotiques (Payot), Coral L. Cummings explique que tromper dans ses songes révèle une insatisfaction réelle dans sa vie présente. Tristan-Frédéric Moir va plus loin : "Si vous rêvez que vous trompez votre conjoint.e ou que votre conjoint.e vous trompe, c’est qu’il y a clairement une tromperie au niveau du couple ou qu’on est dans la tromperie sur soi-même. Vous n’êtes pas vous-même avec votre conjoint.e ou votre conjoint.e n’est pas lui/elle-même." 


Néanmoins, et c'est bon signe, les rêves érotiques nous culpabilisent beaucoup moins : "Ce qui frappe aujourd'hui, c’est à quel point la sexualité est désormais culturelle. Lors des premières séances de psychanalyse freudienne, les patientes étaient bloquées par leurs rêves érotiques, elles avaient du mal à parler de sexualité et ce blocage se traduisait par une crise d’hystérie, de phénomène de catalepsie. Aujourd’hui, la parole s’avère plus aisée et dans mon cabinet, quand je reçois une patiente, elle m’en dit plus sur son rêve érotique que ce que j’en attends. S’expriment un besoin de verbalisation très fort et une absence totale de tabou pour parler de sexualité, même de la plus secrète." Au final, les rêves érotiques sont donc bel et bien libérateurs, synonymes de notre bonne santé. Et parfois, les nuits plus belles que les jours. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter