Ils ne désirent personne : que savons-nous des asexuels ?

Ils ne désirent personne : que savons-nous des asexuels ?

Vie de couple
DirectLCI
INVISIBLES - L'asexualité se caractérise par une absence totale d'attirance sexuelle pour quiconque. Des femmes et des hommes rétifs au désir qui demeurent victimes de bien des préjugés. Deux sexologues nous éclairent.

Une personne asexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle, c’est son orientation sexuelle. Une pratique méconnue, hâtivement assimilée de l'extérieur à un "choix de vie comme l’abstinence", à un "trouble de la sexualité comme l'anorgasmie" ou encore à une "pathologie". Rien à voir, pourtant... Premier grand préjugé : cet amalgame redoutable voulant que "asexuel" rime avec "asexué". Une confusion que déplore le sexologue Patrick Papazian, sollicité par LCI : "Un être asexué n’a pas d’organes génitaux. Un asexuel, lui, a les organes génitaux et peut parfaitement avoir des rapports sexuels, il peut être homo, hétéro, bisexuel ou peu importe... il peut éprouver des sentiments amoureux mais ne veut tout simplement pas de sexualité génitale".


D’accord, mais question naïve : d’où peut venir cette "absence de désir envers une personne" ? Aucune réponse évidente : "Peu d’études scientifiques existent sur l’asexualité", confirme la sexologue Anne Marie Lazartigues. Ce que l'on sait, c'est que biologiquement, les asexuels peuvent avoir des rapports sexuels, des orgasmes. "Mais pour faire l'amour, pour jouir du rapport intime, il importe de supporter la différence, précise-t-elle. Or, ils peuvent tout simplement se révéler fragiles au niveau identitaire et cette rencontre intime avec l'autre peut les mettre en difficulté." Autrement dit, le rapport sexuel n'est pas envisageable pour eux, alors que la masturbation, si. Aucun jugement à porter ou tentative de normalisation à apporter ; c'est juste une vraie distance avec la sexualité, comme si "les asexuels n'avaient pas été programmés pour ça". 

Les asexuels sont souvent très clairs dans leur discours et leurs parcours ; ils doivent être pleinement respectésPatrick Papazian, sexologue

Cette pratique, si elle a toujours existé, est longtemps restée invisible : "La société a toujours été très normée, avec un cadre fixe des genres : homme, femme, relations hétérosexuelles, sexualité après le mariage, constate la sexologue Anne Marie Lazartigues. L’asexualité ne rentre dans aucun cadre conceptuel social d’autant que, dans l’inconscient social, être asexuel chez un homme met à mal son identité, traduisant son manque de virilité ou encore la disparition de son statut de chef de famille."

1% de la population mondiale serait asexuelle

Les asexuels gagnent alors en visibilité au XXIe siècle. Créé en 2001, AVEN, un réseau d'entraide des asexuels francophones vise à étendre la visibilité et l'information sur l'asexualité. Trois ans plus tard, le psychologue canadien Anthony Bogaert, auteur de "Understanding asexualiy", met la pratique en lumière, voyant une "nouvelle orientation sexuelle méritant sa place aux côtés de l’hétérosexualité, de l’homosexualité et de la bisexualité" qui, selon AVA (Association pour la Visibilité Asexuelle) concernerait 1% de la population mondiale. Internet comme les forums de discussion ont donné une réelle visibilité à toute cette communauté.

Aussi, dans ce monde normé où le sexe est à deux clics et les relations amoureuses protéiformes, comment faire comprendre aux "S" (les "sexuels") le désintérêt des "A" (les "asexuels") pour les activités charnelles sans subir discrimination ou solitude ? Une "question de représentation sociale" pour la sexologue Anne Marie Lazartigues, de telle manière que "cette différence ne soit plus stigmatisée ou considérée comme un moins, une perte, un manque, une anormalité." 


Pour le sexologue Patrick Papazian, "certaines personnes voient les asexuels comme des gens frustrés, n’ayant pas rencontré la personne qui leur a donné du plaisir auparavant ou qu’ils ont été victimes d’abus sexuels, tout cela est faux : les asexuels sont souvent très clairs dans leur discours et leurs parcours ; ils doivent être pleinement respectés. La vie sexuelle n’est pas un long fleuve tranquille et on a autant le droit d’être asexuels que sexuels pour un mois, un an ou la vie." 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter