Sexualité : sur quoi fantasment les Français en 2018 ?

Sexualité : sur quoi fantasment les Français en 2018 ?

Vie de couple
DirectLCI
AMBIGUÏTÉ - À une heure où la parole sur la sexualité se libère et où l'accès à la pornographie se banalise, les Français nourrissent-ils moins de fantasmes qu'avant ? Un sexothérapeute éclaire ces zones d'ombre.

Banalisation de la pornographie, multiplication des sites de rencontres, attrait pour les pratiques SM et échangistes... Le sexe s'affiche aujourd'hui partout. S'il s'agit d'une très bonne nouvelle pour le désir, quid du vrai fantasme, celui, transgressif, qui abandonne toute pudeur au seuil de la chambre ?

"D’après les récentes études, il semblerait que les Français fantasment plus qu’autrefois et avec moins de tabous qu’il y a plusieurs décennies, confie à LCI Alain Héril, psychanalyste et sexothérapeute, auteur de Je fantasme donc je suis (Editions Eyrolles). La pornographie libère des fantasmes et donne l’illusion de les assouvir, mais ne constitue pas un univers fantasmatique pur dans la mesure où elle l’assèche par des scénarios attendus. " Et la consommation d'une vidéo X accessible en deux clics, où l’on ne trouve que ce que l’on est venu chercher, "n'est dévolu qu'à l'excitation génitale directe" selon Alain Héril. Ce qui n'a pas grand-chose à voir avec le fantasme. 

On peut passer toute sa vie avec des fantasmes puissants sans en parler à l’autreAlain Héril, psychanalyste et sexothérapeute

Ok, mais alors, de quoi les Français fantasment-ils ? De l'envie de faire l'amour autrement, comme en témoigne le phénomène du polyamour, de plus en plus en vogue. "Là où la nouveauté semble apparaître, c’est dans le champ du virtuel, avec la possibilité d’avoir des relations sexuelles avec des avatars ou des hologrammes, relève Alain Héril. De manière générale, on rêve à plus grand, plus fort, plus intense que ce que la réalité nous offre. Faire l’amour avec deux femmes pour les hommes ou avec deux hommes pour les femmes par exemple. Le fantasme reste un merveilleux moyen de s’émanciper, de visiter des rives nouvelles et luxuriantes, même si notre morale et nos valeurs rechignent souvent à accepter ces images parfois dérangeantes."


Car on oublie souvent que les fantasmes peuvent déranger, entrer en conflit avec notre morale, notre culture ou notre éducation. Les magazines ont beau exhorter les Français à les exaucer, on oublie trop souvent que les assouvir ne se résume pas à de la rêverie sexuelle. Et les avouer demande des efforts surhumains. 

En parler ou pas ?

Que conseiller à celle ou celui qui cherche à exaucer un fantasme dans son couple ? "Je pars du principe que l’on sait ce qui pourrait déranger l’autre en l’excitant, et ce qui pourrait le bousculer sans l’exciter, avoue le sexothérapeute. Dire ses fantasmes n’a de sens que s’ils peuvent être entendus et compris par l’autre. Les fantasmes sont une affaire avant tout personnelle. Et on peut passer toute sa vie avec des fantasmes puissants sans en parler à l’autre." 


Qu’on hésite ou pas à en parler à son/sa conjoint/e, fantasmer n’a rien de honteux et se révèle même "bon pour la santé psychique", assure Alain Héril. Mais le fantasme, quand il est issu de l’inconscient, ne gagne pas forcément à être réalisé. Selon le sexothérapeute, il raconte certes la charge de la libido mais, si on laisse cette force s’exprimer sans la contenir, alors on peut dire adieu à la morale comme aux règles. Au fond, la vraie fonction du fantasme, c'est avant tout de nous permettre de comprendre pourquoi, parfois, nos désirs font désordre. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter