Sexualité : faut-il encore rappeler l’importance des préliminaires ?

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CLÉ DU PLAISIR - Selon une étude, 56% des hommes – et jusqu’à 64% des moins de 30 ans – estiment qu’un "rapport sexuel doit impliquer une pénétration pour être pleinement satisfaisant." Mais quid des préliminaires ? Le sexologue Patrick Papazian nous répond.

Selon une récente étude IFOP*, 56% des hommes estiment qu’un "rapport sexuel doit impliquer une pénétration pour être pleinement satisfaisant." Mais le doit-il forcément ? Est-ce la condition sine qua non pour un "rapport sexuel réussi" ? N’importe quel sexologue vous confirmera que les préliminaires sont importants, pour ne pas dire essentiels, principalement parce qu’ils font monter l’excitation, psychologiquement et physiquement. Ils apportent par eux-mêmes du plaisir et montrent que l’on peut parfaitement prendre du plaisir dans les rapports sexuels indépendamment de l’orgasme. 


Selon Patrick Papazian, sollicité par LCI et co-auteur d’un livre sur le vagin aussi décomplexé que passionnant**, "les préliminaires donnent souvent envie d’aller plus loin, donc vers la pénétration, et créent des conditions favorables à celles-ci, la lubrification vaginale notamment." Mais l’un ne va pas forcément avec l’autre : "Il peut parfois y avoir des préliminaires sans pénétration – et aller jusqu’à l’orgasme pendant ces jeux peut être très agréable –, de même qu’il peut y avoir pénétration sans préliminaire (un 'quickie', dans le jargon) : l’excitation est déjà au top et les deux partenaires ont d’emblée l’envie d’être l’un dans l’autre."


Parmi les 56% des hommes cités dans l'étude, on note jusqu’à 64% de moins de 30 ans approuvant cette idée d'une "pénétration obligatoire" pour un plaisir assouvi : les préliminaires seraient-ils "sous-estimés" chez la jeune génération ? "Dans la génération Youporn, souligne Patrick Papazian, les préliminaires sont présentés soit comme des séquences individualisées (on tape les bons mots clés et on atterrit directement sur une scène de préliminaires sans qu’il y ait ensuite pénétration), soit comme des simulacres d’excitation, où la femme gémit sans que l’on comprenne bien pourquoi, et où l’homme grogne, histoire de rappeler qu’il est là". "Dans les vieux porno, poursuit-il, il y avait un récit, une articulation, on comprenait que l’on pouvait s’arrêter ou reprendre. C’est moins le cas dans les séquences saucissonnées qui donnent l’impression que les préliminaires sont des figures de style comme la pénétration vaginale ou anale, et que le grand frisson, c’est enchaînement des figures comme au patinage artistique."

La banalisation d’un "rapport sexuel réussi"

Selon Patrick Papazian, les jeunes parlent peu de préliminaires : "Ils ont tendance à séparer les rapports mains-sexes ou bouches-sexes d’un côté, et les rapports avec pénétration de l’autre". Une bonne et une mauvaise chose à la fois pour le sexologue : "C’est bien parce que les préliminaires ne précédent pas toujours une pénétration, et il faut sortir de ce schéma stéréotypé 'entrée - plat de résistance… et dessert'. Mais ce qui l'est moins, c'est qu’ils oublient la fonction 'préparatoire' que peuvent occuper les préliminaires. Notamment chez les femmes qui ont parfois besoin de davantage de stimuli et simplement de temps pour rejoindre le niveau d’excitation d’un partenaire masculin. Enfin, n’oublions pas une donnée simple : les préliminaires ne peuvent pas faire des bébés, la pénétration si. L’efficacité des moyens de contraception aujourd’hui et leur relative facilité d'accès ont libéré la pénétration de beaucoup de tabous par rapport aux générations précédentes."


Finalement, ce que l’on retrouve dans cette enquête, c’est la notion hélas banalisée de rapport sexuel "réussi", déplore le sexologue, "soit l'enchaînement des figures de style (dont la pénétration) et la simultanéité de l’orgasme chez les partenaires". Des stéréotypes véhiculés par le porno. "T’as raté ta vie sexuelle si tu ne fais pas le kamasutra à chaque rapport" semble être une croyance forte de nos jeunes aujourd’hui", constate le sexologue. "Or, la vie sexuelle ne se réussit ou ne se rate pas, elle s’explore, tout simplement."

 

*Étude Ifop pour Charles.co réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 24 avril 2019 auprès d’un échantillon de 1957 personnes, de la population française masculine âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.

** "Chouchoutez votre vagin", Michel Caroline, Patrick Papazian, Larousse

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