Sexualité : accordons-nous trop d'importance à notre première fois ?

Vie de couple

GRAND SAUT - "On n'oublie jamais sa première fois", scande l'affiche du film "After - Chapitre 1", en salles ce mercredi, qui raconte le charivari d'une jeune fille fleur bleue déflorée par le bad-boy tatoué du lycée. Entre idéalisation et déception, sacralisons-nous trop notre première expérience sexuelle ? Le sexologue Patrick Papazian nous répond.

Après les frasques SM de Fifity Shades of Grey, voici venu le temps de After : chapitre 1 (au cinéma ce mercredi 17 avril), nouvelle saga sexy fomentée sur un smartphone par l'écrivaine Anna Todd et illustrée par la réalisatrice Jenny Gage dans le but de fendre le cœur des adolescent(e)s en deux, entre rose bonbon et noir désir. Une jeune femme naïve et inexpérimentée y succombe à un premier rapport sexuel avec un homme, nous assure-t-on, peu fréquentable (comprendre un bad-boy tatoué). Sur l'affiche placardée sur les bus et dans les couloirs de métro, on peut lire cette tagline : "On n'oublie jamais sa première fois". D'où notre question : notre première expérience sexuelle est-elle si déterminante ? 

Le sexologue Patrick Papazian concède que cette "toute première fois" conserve, chez les femmes comme chez les hommes, tout son pouvoir de fascination : "A la fois effrayante et excitante, en tout cas intrigante, elle constitue un cap dont les jeunes (et parfois les moins jeunes) ne cessent de parler en l’imaginant, en se la racontant, parfois en l’embellissant. La parole s’est quelque peu libérée sur le sujet et, globalement, tout le monde s’accorde à dire que la première fois est rarement satisfaisante : beaucoup de choses à découvrir, à gérer, des sensations à apprivoiser... Bref, mes patientes et patients me disent souvent que la première fois leur a laissé un souvenir mitigé". 

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Pas plus qu'un simple "rite d'initiation"

Il arrive en effet qu'un premier rapport sexuel ne se hisse pas franchement à la hauteur des fantasmes, voire même se passe mal pour l'un comme pour l'autre. Sans oublier les dégâts que la pornographie peut causer sur cette entrée dans la vie sexuelle. Un bon gros cliché, assurément, mais pourtant bien tenace : "Certains jeunes sont influencés par la pornographie qu’ils ont regardée et pensent qu’ils doivent s’y prendre de la même manière pour la première fois." Et du virtuel au réel, la désillusion se révèle parfois douloureuse : "Ils sont déçus de la réalité (en termes de durée du rapport, de plaisir exprimé, de pratiques etc.), et il me semble important de leur expliquer l’écart important entre le 'vu sur internet' et la vraie vie sexuelle !"

"Certaines premières fois sont clairement traumatisantes", poursuit le sexologue. "J’ai le souvenir d’une jeune fille qui avait souhaité 'faire comme les copines' et avait eu son premier rapport sexuel sans le désirer, avec un garçon très peu attentif à elle et plutôt brutal. Elle employait des termes violents pour évoquer cette expérience et me disait qu’elle avait mis quelques années à apprivoiser sa sexualité, considérant cette première fois comme une forme d’agression qu’elle s’était infligée à elle-même. Elle était clairement prisonnière de cette première fois, même si elle avait d'elle-même souhaité franchir le pas."

Mais se remet-on d'une première fois ratée ? Le sexologue invite à relativiser cette idée un peu primesautière selon laquelle on serait condamné à vivre avec le fantôme de notre premier rapport sexuel : "Oui, on se souvient généralement de sa première fois, oui elle est souvent quelque peu décevante, mais ce 'rite d’initiation' ne constitue qu'un passage qu’il faut vivre dans le respect de soi-même et de l’autre pour augmenter les chances de vivre une deuxième, puis une troisième et une énième fois agréable !", conclut le sexologue. 

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