VIDÉO - 7 conseils pour relancer le désir au sein d'un couple

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INTERVIEW - New-Yorkaise d'adoption mais Belge de naissance, Esther Perel tente depuis 35 ans de réparer les coeurs en détresse. Rencontre avec cette workaholic qui jongle entre son cabinet de thérapeute conjugal, au coeur de Manhattan, ses conférences sur le couple et un nouveau livre : "Je t'aime, je te trompe", paru début avril en France.

Ses formules teintées d'un léger accent flamand font mouche à tous les coups. Depuis une dizaine d'années, la psychothérapeute Esther Perel vient en aide à des centaines de couples confrontés à l'infidélité. De cette expérience, elle en a tiré un best-seller : "The State of Affairs", devenu un phénomène aux États-Unis, son pays d’adoption. Déjà traduit dans 24 langues, il vient d'être publié en France, sous le titre quelque peu provocateur : "Je t'aime, je te trompe (repenser l'infidélité pour réinventer son couple) aux Editions Robert Laffont.


Et il n'y a pas que dans son cabinet new-yorkais qu'Esther Perel attire les foules, elle fait aussi un tabac sur les réseaux sociaux. Celle que l'on surnomme "la gourou du sexe" a déjà cumulé plus de 20 millions de vues sur YouTube avec ses conférences Ted Talks sur le désir et l'infidélité. La thérapeute a également créée une page Facebook suivie par plus de 100.000 personnes où elle distille ses précieux conseils. 


Alors qu'elle était de passage à Paris pour faire la promotion de son livre, nous l'avons rencontrée avec notre lot de questions universelles sur le couple (voir la vidéo-ci dessus et en dessous pour l'intégralité de l'interview).

LCI : Alors que vous venez de publier un traité audacieux sur l'infidélité, vous dites dans ce livre que le désir repose sur le manque. Du coup, peut-on désirer longtemps ce qu'on a déjà ?

Esther Perel : C'est la question que Kant et Spinoza se sont posés longtemps. Ce sont des questions d'intensité philosophique. La meilleur manière de répondre à ça, c'est de dire que finalement notre partenaire ne nous appartient pas. L'autre n'est pas une partie de moi. On peut le perdre à tout moment, que ce soit par la mort, la maladie, l'imprévu, par le fait qu'il tombe amoureux d'une autre personne... Et à partir du moment où on sait que l'autre n'est là qu'en location, le désir c'est de constamment renouveler le bail.

LCI : Et comment fait-on durer ce désir ?

Esther Perel : Le b.a-ba, c'est de ne pas se laisser aller. Ne pas s'imaginer qu'il faut s'habiller quand on sort pour voir les autres et qu'on peut se mettre des jeans informe quand on reste chez soi. Il ne faut pas non plus penser qu'on peut constamment embrasser, tenir, porter ses enfants et à peine toucher l'adulte qui est à côté de nous. Par ailleurs, il faut savoir se renouveler mais il ne s'agit de changer de positions sexuelles, juste de continuer à écrire une histoire intéressante ensemble. Les études le prouvent : un couple qui fait des choses agréables ensemble, cela donne une relation d'amitié. Mais mettre de l'intensité dans son couple, c'est prendre des risques, faire des choses nouvelles qui nous mettent dans un état autre que le confort.

Jamais la survie de la famille n'a autant dépendu du bonheur du coupleEsther Perel

LCI : Vous êtes mariés depuis 32 ans, quel est votre secret pour durer ? Avez-vous mis en pratique tous les conseils que vous prodiguez à vos patients ?

Esther Perel : Je suis thérapeute de couple depuis 35 ans et j'ai eu l'occasion de voir ce qu'il ne faut pas faire. Je crois qu'on est tous humain, on a tous des périodes où on se laisse aller mais les couples qui durent sont ceux, à mon sens, qui savent comment se ressusciter. Personne ne vit dans un état de passion permanente, c'est du grand n'importe quoi, mais certains comprennent que quand une distance se crée, il faut savoir très vite rompre avec cet apaisement, en proposant de nouvelles choses qui vont ramener de l'énergie, de la communication, de la sensualité dans le couple. Et c'est ça que j'essaye de mettre en place pour moi et pour les gens avec qui je travaille.

LCI : Est-ce que fonder une famille, c'est la fin du désir dans le couple ?

Esther Perel : Il y a une réalité aujourd'hui : jamais la survie de la famille n'a autant dépendu du bonheur du couple. Voilà la menace. Mais le paradoxe c'est que souvent la qualité relationnelle d'un couple diminue quand les enfants arrivent. C'est-à-dire que le bonheur individuel augmente mais le bonheur relationnel diminue pendant un certain temps. Donc à un moment il faut que cette énergie qui a été redistribuée vers les enfants - le temps, l'attention, la tendresse, le toucher - reviennent un peu vers le couple, au moins à la fin de la première année. Sinon c'est un érotisme qui est dévié : c'est avec les enfants qu'on a des expériences nouvelles, qu'on joue, qu'on est dans l'imaginaire, qu'on est dans le toucher, et le partenaire a seulement ce qui reste. Un des conseils que je donne beaucoup, c'est qu'il est important pendant un certain temps de redéfinir les rôles. Un des partenaires va faire plus attention aux besoins des enfants pendant que l'autre va faire plus attention aux besoins du couple. Et à partir du moment où ces deux fonctions sont interdépendantes et nécessaires l'une à l'autre, le couple peut vraiment rester uni. Si au contraire l'un dit à l'autre : "tu ne fais que penser aux enfants, tu nous négliges complètement" et l'autre répond : "comment tu peux vouloir qu'on passe du temps ensemble, tu as vu tout ce qu'il faut encore faire à la maison". Là ça ne va plus.

LCI : Quelle est la grande différence entre l'amour et le désir ?

Esther Perel : Ils ont un lien intime, mais parfois ils sont aussi en conflit. Dans l'amour, on veut connaître l'autre, se rapprocher, neutraliser la distance, minimiser les menaces, pouvoir compter sur le prévisible, alors que dans le désir il y a une envie d'aller vers l'inconnu, le mystère... Il y a aussi souvent le rejet de la routine. L'envie d'explorer et ne pas d'aller uniquement vers ce qui est déjà connu. Pour certaines personnes, l'amour, la sécurité, le prévisible, la stabilité ouvrent la porte vers le désir mais pour d'autres ce sont deux dimensions assez séparées. Il n'y a pas de modèle fixe.

Il y a plein de manières d'essayer de maintenir la découverte, l'exploration, l'inattendu au sein du confort, du prévisible, du familier.Esther Perel

LCI : Quel est l'impact des réseaux sociaux dans notre vie de couple ?

Esther Perel : Le digital, on peut s'en servir. J'ai souvent proposé à des couples de créer une adresse email séparée, différente de celle où on fait toute la gestion familiale et dans lequel on écrit à l'autre uniquement quand on pense à lui en tant que personne, et non en tant que conjoint. Il s'agit de créer un espace érotique dans lequel on se retrouve uniquement pour cultiver le plaisir, et non pas chercher à résoudre quoi que ce soit. C'est un bac à sable pour adultes, en quelque sorte. J'aime bien cette utilisation du digital comme un espace pour flirter avec son conjoint. Les réseaux sociaux, c'est différent... Beaucoup de personnes se plaignent que la dernière chose que leur conjoint fait le soir, c'est d'aller sur Instagram ou Twitter et finalement, ils ont l'impression de ne pas vraiment avoir quelqu'un à côté d'eux. L'autre est là physiquement, mais pas psychologiquement. C'est une nouvelle solitude à l'intérieur du couple.

LCI : A l'heure où l'on voit pas mal de couples décider de faire appartement à part pour conserver leur désir, le quotidien n'est-il pas voué à tuer le désir ?

Esther Perel : Ce que l'on voit aujourd'hui c'est une recherche active pour faire durer le couple. Comment concilier le besoin d'engagement et d'appartenance avec le besoin de liberté et d'individualité ? Nous avons en fait deux systèmes de valeur qui veulent se réconcilier. La génération actuelle est issue de parents divorcés ou désillusionnés, donc elle essaye de trouver une nouvelle créativité au sein du couple. C'est une bonne chose, car la plupart du temps, on vit avec un modèle et quand il ne nous réussit pas, on ne dit pas que le modèle n'est pas bon, on dit juste qu'on n'a pas choisi la bonne personne pour accomplir ce modèle. On va donc rechercher quelqu'un d'autre avec qui on va réessayer de faire la même chose. Et ça ne marchera toujours pas. L'idée n'est pas : "quel est le bon modèle ?" mais plutôt : "il faut davantage qu'un seul modèle". Nous avons tous un besoin de sécurité et d'engagement et en même temps, nous avons tous besoin de liberté, cela ne nous quittera jamais. Quel pôle va-t-on privilégier ? C'est la question que chaque personne va devoir définir pour elle-même. Vivre séparément est un de ces modèles de recherche. Pour d'autres, ce sera de prendre des vacances séparément ou de faire chambre à part certains jours de la semaine. Finalement, il y a plein de manières d'essayer de maintenir la découverte, l'exploration, l'inattendu au sein du confort, du prévisible, du familier.

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