Aux Îles Kerguelen, une usine désaffectée depuis 100 ans : quand la France chassait la baleine au bout du monde

Aux Îles Kerguelen, une usine désaffectée depuis 100 ans : quand la France chassait la baleine au bout du monde
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REPORTAGE - Les rares touristes qui font le voyage aux Kerguelen découvrent à Port-Jeanne-d'Arc les vestiges de la seule usine baleinière jamais construite sur le territoire français. A l'arrêt complet depuis maintenant un siècle.

De nos jours, l’Homme ne vient dans cet archipel que pour protéger la nature ou pour l'étudier. Dans ce territoire inhabité, perdu au milieu de l’océan Indien, à plus de 2.000 kilomètres de tout continent, un spectacle de désolation s’offre aux quelques visiteurs qui ont l’immense privilège d’y poser le pied. Sur ce territoire battu par les vents incessants, un des plus hostiles de la planète, où ne pousse aucun arbre, des essais de colonisation ont bien été faits. Mais ces tentatives se sont, presque toutes, fort mal terminées. 

Le plus spectaculaire de ces revers rouille encore au fond d'une baie, à Port-Jeanne-d'Arc, aux îles Kerguelen. Il s'agit des  vestiges de la seule usine baleinière jamais construite sur le territoire français, à l'arrêt complet depuis maintenant un siècle. "Le premier débarquement s’est fait en octobre 1908. Mais la station a été construite tout au long de l’année 1909. Malheureusement, il ne reste plus grand-chose. Mais on peut encore apercevoir  les rails qui permettaient de transporter les quartiers de lard de baleine", relate pour TF1 Cédric Marteau, directeur environnement de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises.

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233 baleines ont été tuées autour de l’archipel lors de la première année

Les baleines tuées au large étaient débarquées sur le ponton et découpées, avant d’être enfournées. Au milieu des décombres, subsistent encore debout les chaudières qui servaient à fondre la graisse pour fabriquer de l'huile utilisée alors pour l'éclairage public. Reliquat de la cruauté et la dureté du métier de chasseur de baleine, ce sanctuaire abritait autrefois un petit village d’une centaine d’habitants. A l’époque, la France avait accordé une concession à une entreprise norvégienne. Ce sont donc des Norvégiens qui ont construit la station de Port-Jeanne-d'Arc et qui ont permis de la faire fonctionner à plein régime jusqu'en 1914. 

Au cours de la première année d’exploitation, quelque 233 baleines ont été tuées autour de l’archipel des Kerguelen. Et l’usine a pu remplir 6.000 barils d’huile pour éclairer les villes d’Europe. La production a ensuite décliné, puis s'est arrêtée après la Première guerre mondiale, puisque rendue caduque par l'apparition de navires usines. Une partie des bâtiments a été restaurée, des chambres et un atelier, pour conserver la mémoire et sauvegarder une part d’histoire. Car Port-Jeanne-d'Arc fait désormais partie du patrimoine. "La station est historique mais on l’utilise quand même aujourd’hui. Le bâtiment où vivait les ouvriers sert notamment pour l’ensemble des suivis scientifiques et les suivis de la réserve", explique Cédric Marteau. 

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Dorénavant, la priorité est donnée à la protection du milieu et à la réserve naturelle des Kerguelen, qui a été classée au patrimoine mondial par l'Unesco en 2019. Les Terres et mers australes françaises comptent notamment la plus forte concentration d'oiseaux marins au monde, la plus grande diversité d'oiseaux et mammifères marins, des paysages volcaniques prodigieux et des eaux riches et diversifiées. Un bien d'une richesse inestimable que l'Homme tente tant bien que mal de préserver en dépit du réchauffement climatique.

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